{"title":"钾盐中毒:当运动并不总是与健康有关时!","authors":"M. Thury, N. Paret, A. Gouraud","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.032","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif/Méthode</h3><div>Décrire, à propos d’un cas, les risques des conseils de nutrition prônés sur les réseaux sociaux dans le cadre de la pratique sportive, à destination d’un jeune public non averti. Discuter les teneurs en potassium des compléments alimentaires en vente libre.</div></div><div><h3>Résultat</h3><div>Nous rapportons le cas d’un jeune homme de 17 ans ayant pour antécédents médicaux un Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sans suivi depuis un an et une acné traitée par isotrétinoïne d’instauration récente. Dans le cadre d’une pratique sportive intensive au domicile, il décide de réaliser une « sèche ». Il s’agit d’une alimentation restrictive visant un déficit calorique afin de diminuer la masse grasse au profit de la masse musculaire. Il se documente en prenant conseil sur les réseaux sociaux et adjoint à ce régime des sels de potassium achetés sur internet (KCl, 97 %) à la dose d’une cuillère à soupe par jour saupoudrée sur ses plats. Après plusieurs mois d’utilisation quotidienne, il déclare avoir souhaité un « effet shoot » et consomme 5 cuillères à soupe en une seule prise. Trente minutes plus tard, il présente des vomissements, des douleurs thoraciques, des crampes dans les membres inférieurs et une faiblesse musculaire pour lesquels il contacte les secours. A l’admission aux urgences, l’ECG retrouve une bradycardie à 40 bpm, des ondes T pointues et un aplatissement des ondes P. La kaliémie est supérieure à 8<!--> <!-->mmol/L. Devant cette hyperkaliémie menaçante, il est pris en charge aux soins intensifs où il bénéficie d’un traitement par gluconate de calcium, insuline euglycémique, salbutamol inhalé et chélateur du potassium par voie orale. L’ensemble de ces thérapeutiques permet une normalisation rapide de la kaliémie et de l’ECG autorisant un retour au domicile dès le lendemain.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Selon les études nationales sur la pratique sportive, près de la moitié des 16–25 ans pratiquent principalement la musculation <span><span>[1]</span></span>. Cette activité est associée pour la moitié d’entre eux à un accompagnement numérique (applications de coaching, consultation ou partage de photos/vidéos sur les réseaux…). En parallèle de cette tendance, on assiste à la multiplication du nombre d’influenceurs ou coachs autoproclamés et de sites internet proposant des conseils en nutrition souvent accompagnés de partenariats commerciaux. Afin de documenter notre observation, nous avons consulté les réseaux sociaux sans identifier de source recommandant une supplémentation telle que l’a pratiquée notre patient. Le centre de référence en médecine du sport du CHU que nous avons contacté n’a pas eu connaissance de telles pratiques. Cependant sur les sites consultés, le potassium est généralement positionné comme permettant de diminuer la fatigue musculaire, sans mise en garde systématique quant aux risques d’une surcharge potassique. Les suppléments potassiques disponibles en ligne ne présentent pas non plus d’avertissement et proposent parfois, comme dans notre exemple, des concentrations élevées en potassium.</div><div>Ainsi, si dans notre cas les antécédents de TDAH ont pu contribuer à la prise aiguë ayant conduit à l’hospitalisation, l’absence de contrôle des conseils nutritionnels dispensés sur les réseaux sociaux, la jeunesse de la cible à laquelle ils s’adressent, le manque d’informations sur les risques de la supplémentation potassique et la facilité d’achat de ces compléments alimentaires constituent des facteurs de risque d’hyperkaliémie sévère pouvant mettre en jeu le pronostic vital des consommateurs. Devant la gravité potentielle de ces expositions, il nous semble important que la vente de sels de potassium puisse faire l’objet d’une régulation.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S99"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":"{\"title\":\"Intoxication au sel de potassium : quand sport ne rime pas toujours avec santé !\",\"authors\":\"M. Thury, N. Paret, A. Gouraud\",\"doi\":\"10.1016/j.toxac.2025.09.032\",\"DOIUrl\":null,\"url\":null,\"abstract\":\"<div><h3>Objectif/Méthode</h3><div>Décrire, à propos d’un cas, les risques des conseils de nutrition prônés sur les réseaux sociaux dans le cadre de la pratique sportive, à destination d’un jeune public non averti. 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Trente minutes plus tard, il présente des vomissements, des douleurs thoraciques, des crampes dans les membres inférieurs et une faiblesse musculaire pour lesquels il contacte les secours. A l’admission aux urgences, l’ECG retrouve une bradycardie à 40 bpm, des ondes T pointues et un aplatissement des ondes P. La kaliémie est supérieure à 8<!--> <!-->mmol/L. Devant cette hyperkaliémie menaçante, il est pris en charge aux soins intensifs où il bénéficie d’un traitement par gluconate de calcium, insuline euglycémique, salbutamol inhalé et chélateur du potassium par voie orale. L’ensemble de ces thérapeutiques permet une normalisation rapide de la kaliémie et de l’ECG autorisant un retour au domicile dès le lendemain.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Selon les études nationales sur la pratique sportive, près de la moitié des 16–25 ans pratiquent principalement la musculation <span><span>[1]</span></span>. 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Intoxication au sel de potassium : quand sport ne rime pas toujours avec santé !
Objectif/Méthode
Décrire, à propos d’un cas, les risques des conseils de nutrition prônés sur les réseaux sociaux dans le cadre de la pratique sportive, à destination d’un jeune public non averti. Discuter les teneurs en potassium des compléments alimentaires en vente libre.
Résultat
Nous rapportons le cas d’un jeune homme de 17 ans ayant pour antécédents médicaux un Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sans suivi depuis un an et une acné traitée par isotrétinoïne d’instauration récente. Dans le cadre d’une pratique sportive intensive au domicile, il décide de réaliser une « sèche ». Il s’agit d’une alimentation restrictive visant un déficit calorique afin de diminuer la masse grasse au profit de la masse musculaire. Il se documente en prenant conseil sur les réseaux sociaux et adjoint à ce régime des sels de potassium achetés sur internet (KCl, 97 %) à la dose d’une cuillère à soupe par jour saupoudrée sur ses plats. Après plusieurs mois d’utilisation quotidienne, il déclare avoir souhaité un « effet shoot » et consomme 5 cuillères à soupe en une seule prise. Trente minutes plus tard, il présente des vomissements, des douleurs thoraciques, des crampes dans les membres inférieurs et une faiblesse musculaire pour lesquels il contacte les secours. A l’admission aux urgences, l’ECG retrouve une bradycardie à 40 bpm, des ondes T pointues et un aplatissement des ondes P. La kaliémie est supérieure à 8 mmol/L. Devant cette hyperkaliémie menaçante, il est pris en charge aux soins intensifs où il bénéficie d’un traitement par gluconate de calcium, insuline euglycémique, salbutamol inhalé et chélateur du potassium par voie orale. L’ensemble de ces thérapeutiques permet une normalisation rapide de la kaliémie et de l’ECG autorisant un retour au domicile dès le lendemain.
Conclusion
Selon les études nationales sur la pratique sportive, près de la moitié des 16–25 ans pratiquent principalement la musculation [1]. Cette activité est associée pour la moitié d’entre eux à un accompagnement numérique (applications de coaching, consultation ou partage de photos/vidéos sur les réseaux…). En parallèle de cette tendance, on assiste à la multiplication du nombre d’influenceurs ou coachs autoproclamés et de sites internet proposant des conseils en nutrition souvent accompagnés de partenariats commerciaux. Afin de documenter notre observation, nous avons consulté les réseaux sociaux sans identifier de source recommandant une supplémentation telle que l’a pratiquée notre patient. Le centre de référence en médecine du sport du CHU que nous avons contacté n’a pas eu connaissance de telles pratiques. Cependant sur les sites consultés, le potassium est généralement positionné comme permettant de diminuer la fatigue musculaire, sans mise en garde systématique quant aux risques d’une surcharge potassique. Les suppléments potassiques disponibles en ligne ne présentent pas non plus d’avertissement et proposent parfois, comme dans notre exemple, des concentrations élevées en potassium.
Ainsi, si dans notre cas les antécédents de TDAH ont pu contribuer à la prise aiguë ayant conduit à l’hospitalisation, l’absence de contrôle des conseils nutritionnels dispensés sur les réseaux sociaux, la jeunesse de la cible à laquelle ils s’adressent, le manque d’informations sur les risques de la supplémentation potassique et la facilité d’achat de ces compléments alimentaires constituent des facteurs de risque d’hyperkaliémie sévère pouvant mettre en jeu le pronostic vital des consommateurs. Devant la gravité potentielle de ces expositions, il nous semble important que la vente de sels de potassium puisse faire l’objet d’une régulation.