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Abstract
Toute traduction tend a une appropriation du texte traduit par la langue d’arrivee. C’est le postulat de depart de cet article qui tente de degager les phenomenes de latinisation de la fable esopique dans la traduction qu’en donne Phedre (I, 2), notamment par rapport aux criteres esthetiques d’Horace qui predominent dans la poesie du Ier siecle apres J.‑C. Or, Phedre joue avec cette appropriation du modele, dans la mesure ou il choisit de mettre en scene Esope comme narrateur de cette fable, dans un cadre d’enonciation grec. Le fabuliste latin peut de fait d’autant plus aisement detourner le materiau esopique qu’il est tres familier du lecteur romain, ce qui lui permet de laisser place a l’implicite et a l’ambiguite dans sa traduction. Neanmoins, ce detournement du modele esopique n’est pas gratuit : il s’agit pour Phedre de fonder le genre latin de la fable. D’ou l’emploi d’epithetes fabulaires qui contribuent a uniformiser le bestiaire esopique en un systeme coherent, notamment pour ce qui est de la symbolique de la grenouille, incarnation a la fois de l’inconsequence du peuple et de l’impudence des faibles. Cette dimension symbolique, inherente a la fable et qui lui permet de vehiculer la sagesse populaire, est teintee chez Phedre de tonalite satirique laissant au lecteur une responsabilite interpretative. Or, la satire est un element constitutif du genre jusqu’a La Fontaine, ce qui conduit a dire que, s’il emprunte sa matiere a Esope, Phedre n’en fonde pas moins le genre moderne de la fable.