S. Larréché , G. Le Roux , J.-P. Chippaux , J. Hardy , A.-L. Fédou , M. Labadie
{"title":"Envenimation par Atheris chlorechis : à propos d’un cas","authors":"S. Larréché , G. Le Roux , J.-P. Chippaux , J. Hardy , A.-L. Fédou , M. Labadie","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.005","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Introduction</h3><div><em>Atheris chlorechis</em> est un vipéridé arboricole présent en Afrique de l’Ouest. Son venin est riche en métalloprotéinases et en phospholipases A2 ; sa morsure peut se compliquer d’un syndrome locorégional cytotoxique, de saignements associés à une coagulopathie sévère et d’une insuffisance rénale aiguë. Les cas rapportés avec cette espèce et de façon plus générale avec le genre <em>Atheris</em> sont rares. La banque des sérums antivenimeux (BSA), dispositif permettant la mise à disposition d’antivenins adaptés aux espèces exotiques, ne possède pas de produit spécifique pour cette espèce. La prise en charge d’une envenimation par <em>A. chlorechis</em> est donc un défi thérapeutique.</div><div>Cas clinique Un homme de 33 ans, sans antécédent notable, est mordu avec un seul crochet à son domicile au niveau de la deuxième phalange de l’index droit par un spécimen adulte d’<em>A. chlorechis</em> lors d’un soin à l’animal. Parallèlement à sa prise en charge par le SAMU, le centre antipoison territorial est prévenu et contacte à son tour le centre antipoison coordonnateur de la BSA qui envoie 4 ampoules d’Inoserp Pan-Africa, un antivenin polyvalent F(ab’)<sub>2</sub> couvrant les principales espèces ophidiennes d’Afrique sub-saharienne. À son admission au CHU, 1<!--> <!-->h après la morsure, le patient présente une importante douleur locale justifiant la mise en place d’un traitement par morphine, un hématome de la totalité du doigt et un œdème locorégional étendu jusqu’au poignet, sans saignement local ou à distance. Le bilan biologique initial est normal. À réception de l’antivenin, il est décidé d’administrer 2 ampoules par voie intraveineuse, qu’il reçoit à H<!--> <!-->+<!--> <!-->6. L’évolution est ensuite marquée à partir de H<!--> <!-->+<!--> <!-->10 par l’apparition d’une thrombopénie et d’une coagulopathie de consommation (TP<!--> <!--><<!--> <!-->10 %, fibrinogène<!--> <!--><<!--> <!-->0,4<!--> <!-->g/L et augmentation des monomères de fibrine). Ces troubles de l’hémostase se majorent malgré l’administration à H<!--> <!-->+<!--> <!-->12 de 2 ampoules supplémentaires d’antivenin et de facteurs de coagulation puis se corrigent progressivement à partir du 3<sup>e</sup> jour. Ils sont accompagnés par l’apparition d’un hématome de 10<!--> <!-->cm de la face interne du bras droit. Le patient est transféré en orthopédie à J<!--> <!-->+<!--> <!-->6. L’évolution sur le plan local est marquée par l’apparition d’une nécrose intéressant le doigt mordu et la face dorsale de la main. La momification du doigt conduit à décider une amputation trans-P1 à J<!--> <!-->+<!--> <!-->14 et une détersion chirurgicale des zones nécrotiques de la face postérieure de main. La cicatrisation dirigée est entreprise, et la guérison est obtenue en 3 mois.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Cette observation illustre la gravité potentielle des envenimations par <em>Atheris</em>. L’évolution des paramètres cliniques et biologiques présentée dans cette observation confirme des données antérieures expérimentales et précliniques en faveur d’une inefficacité de l’Inoserp Pan-Africa vis-à-vis du genre <em>Atheris</em>. La prise en charge d’une telle envenimation doit être à la fois médicale et chirurgicale, nécessitant toujours une approche multidisciplinaire.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S83"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825001982","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Introduction
Atheris chlorechis est un vipéridé arboricole présent en Afrique de l’Ouest. Son venin est riche en métalloprotéinases et en phospholipases A2 ; sa morsure peut se compliquer d’un syndrome locorégional cytotoxique, de saignements associés à une coagulopathie sévère et d’une insuffisance rénale aiguë. Les cas rapportés avec cette espèce et de façon plus générale avec le genre Atheris sont rares. La banque des sérums antivenimeux (BSA), dispositif permettant la mise à disposition d’antivenins adaptés aux espèces exotiques, ne possède pas de produit spécifique pour cette espèce. La prise en charge d’une envenimation par A. chlorechis est donc un défi thérapeutique.
Cas clinique Un homme de 33 ans, sans antécédent notable, est mordu avec un seul crochet à son domicile au niveau de la deuxième phalange de l’index droit par un spécimen adulte d’A. chlorechis lors d’un soin à l’animal. Parallèlement à sa prise en charge par le SAMU, le centre antipoison territorial est prévenu et contacte à son tour le centre antipoison coordonnateur de la BSA qui envoie 4 ampoules d’Inoserp Pan-Africa, un antivenin polyvalent F(ab’)2 couvrant les principales espèces ophidiennes d’Afrique sub-saharienne. À son admission au CHU, 1 h après la morsure, le patient présente une importante douleur locale justifiant la mise en place d’un traitement par morphine, un hématome de la totalité du doigt et un œdème locorégional étendu jusqu’au poignet, sans saignement local ou à distance. Le bilan biologique initial est normal. À réception de l’antivenin, il est décidé d’administrer 2 ampoules par voie intraveineuse, qu’il reçoit à H + 6. L’évolution est ensuite marquée à partir de H + 10 par l’apparition d’une thrombopénie et d’une coagulopathie de consommation (TP < 10 %, fibrinogène < 0,4 g/L et augmentation des monomères de fibrine). Ces troubles de l’hémostase se majorent malgré l’administration à H + 12 de 2 ampoules supplémentaires d’antivenin et de facteurs de coagulation puis se corrigent progressivement à partir du 3e jour. Ils sont accompagnés par l’apparition d’un hématome de 10 cm de la face interne du bras droit. Le patient est transféré en orthopédie à J + 6. L’évolution sur le plan local est marquée par l’apparition d’une nécrose intéressant le doigt mordu et la face dorsale de la main. La momification du doigt conduit à décider une amputation trans-P1 à J + 14 et une détersion chirurgicale des zones nécrotiques de la face postérieure de main. La cicatrisation dirigée est entreprise, et la guérison est obtenue en 3 mois.
Conclusion
Cette observation illustre la gravité potentielle des envenimations par Atheris. L’évolution des paramètres cliniques et biologiques présentée dans cette observation confirme des données antérieures expérimentales et précliniques en faveur d’une inefficacité de l’Inoserp Pan-Africa vis-à-vis du genre Atheris. La prise en charge d’une telle envenimation doit être à la fois médicale et chirurgicale, nécessitant toujours une approche multidisciplinaire.