A. Lam , A. Kane , M. Diallo , Y. Ndione , F. Bah , C.N. Diouf , A. Touré , M. Cabral , M. Fall
{"title":"Les intoxications au Sénégal : données du centre antipoison","authors":"A. Lam , A. Kane , M. Diallo , Y. Ndione , F. Bah , C.N. Diouf , A. Touré , M. Cabral , M. Fall","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.006","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Les intoxications sont à l’origine d’une morbi-mortalité élevée dans les pays en voie de développement. Le centre antipoison (CAP) du Sénégal créé au début des années 2000 est la structure dédiée pour la surveillance des intoxications afin de mener, notamment, des actions de prévention. L’objectif est de présenter une vue globale des intoxications au Sénégal à partir des données actuellement disponibles.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Les données étaient collectées de 2009 à 2024 à partir de trois sources : l’unité de réponse téléphonique 24/24, 7/7 (principale source), les déclarations directes en personne au CAP et les médias. Une fiche d’information était renseignée et permettait de recueillir les données et de les analyser.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Globalement, 2130 cas étaient enregistrés durant la période de l’étude, dont 2119 exploitables constitués par 65,6 % d’intoxications, 23,2 % d’envenimations et 11,2 % de demandes d’informations diverses ou d’analyses. Les 14 régions du Sénégal avaient déclaré, toutefois, que plus de la moitié des cas provenait de la région de Dakar. Des cas avaient aussi été déclarés par les pays voisins qui ne disposent pas de CAP. Le nombre de cas déclarés a augmenté de 93,5 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Les professionnels de santé et le public étaient les principaux déclarants. Plus de 78 % des intoxications étaient survenues à domicile, généralement accidentellement (87 %), mais il était aussi noté des cas d’autolyses (10 %), d’actes criminels (0,5 %) et d’addictions aux drogues (0,5 %). Les victimes étaient principalement des enfants et nourrissons (57 %) et des adultes jeunes (40 %). Toutes les voies d’exposition étaient observées mais la principale était orale (65 %), suivie de la voie sous-cutanée (24 %) souvent suite à une morsure ou à une piqûre d’animaux venimeux (serpents, scorpions, abeilles…). En dehors de ces derniers, les classes de toxiques les plus incriminés étaient les médicaments (37 %), les pesticides (20 %), les produits ménagers (20 %) et les produits industriels (11 %). Ces intoxications étaient symptomatiques dans 70 % des cas ; la gravité selon le <em>Poison Severity Score</em> était respectivement de 30,5 %, 46,6 %, 13,5 %, 4,4 % et 3 % pour le PSS 0, 1, 2, 3 et 4 (décès). Le traitement symptomatique était toujours conseillé par le CAP associé ou non à l’administration d’antivenins ou autres antidotes (12 %). L’évolution était généralement favorable même si 3 % de décès étaient enregistrés, liés principalement aux pesticides et aux envenimations.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Ces informations et données analysées étaient similaires à celles des autres CAP du Maghreb et d’Europe. Toutefois, le nombre d’intoxications était réellement sous-estimé, en raison des cas non diagnostiqués et/ou non signalés au niveau du CAP. Des actions menées pour améliorer le système ont permis d’augmenter les déclarations au fil des années. Le système de surveillance ainsi que les activités de toxicovigilance menaient à des actes de sensibilisation pour le grand public, telle que la confection de flyers et posters mais permettaient aussi de proposer des algorithmes de prise en charge et des publications scientifiques pour les professionnels de santé.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S83-S84"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825001994","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectif
Les intoxications sont à l’origine d’une morbi-mortalité élevée dans les pays en voie de développement. Le centre antipoison (CAP) du Sénégal créé au début des années 2000 est la structure dédiée pour la surveillance des intoxications afin de mener, notamment, des actions de prévention. L’objectif est de présenter une vue globale des intoxications au Sénégal à partir des données actuellement disponibles.
Méthode
Les données étaient collectées de 2009 à 2024 à partir de trois sources : l’unité de réponse téléphonique 24/24, 7/7 (principale source), les déclarations directes en personne au CAP et les médias. Une fiche d’information était renseignée et permettait de recueillir les données et de les analyser.
Résultats
Globalement, 2130 cas étaient enregistrés durant la période de l’étude, dont 2119 exploitables constitués par 65,6 % d’intoxications, 23,2 % d’envenimations et 11,2 % de demandes d’informations diverses ou d’analyses. Les 14 régions du Sénégal avaient déclaré, toutefois, que plus de la moitié des cas provenait de la région de Dakar. Des cas avaient aussi été déclarés par les pays voisins qui ne disposent pas de CAP. Le nombre de cas déclarés a augmenté de 93,5 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Les professionnels de santé et le public étaient les principaux déclarants. Plus de 78 % des intoxications étaient survenues à domicile, généralement accidentellement (87 %), mais il était aussi noté des cas d’autolyses (10 %), d’actes criminels (0,5 %) et d’addictions aux drogues (0,5 %). Les victimes étaient principalement des enfants et nourrissons (57 %) et des adultes jeunes (40 %). Toutes les voies d’exposition étaient observées mais la principale était orale (65 %), suivie de la voie sous-cutanée (24 %) souvent suite à une morsure ou à une piqûre d’animaux venimeux (serpents, scorpions, abeilles…). En dehors de ces derniers, les classes de toxiques les plus incriminés étaient les médicaments (37 %), les pesticides (20 %), les produits ménagers (20 %) et les produits industriels (11 %). Ces intoxications étaient symptomatiques dans 70 % des cas ; la gravité selon le Poison Severity Score était respectivement de 30,5 %, 46,6 %, 13,5 %, 4,4 % et 3 % pour le PSS 0, 1, 2, 3 et 4 (décès). Le traitement symptomatique était toujours conseillé par le CAP associé ou non à l’administration d’antivenins ou autres antidotes (12 %). L’évolution était généralement favorable même si 3 % de décès étaient enregistrés, liés principalement aux pesticides et aux envenimations.
Conclusion
Ces informations et données analysées étaient similaires à celles des autres CAP du Maghreb et d’Europe. Toutefois, le nombre d’intoxications était réellement sous-estimé, en raison des cas non diagnostiqués et/ou non signalés au niveau du CAP. Des actions menées pour améliorer le système ont permis d’augmenter les déclarations au fil des années. Le système de surveillance ainsi que les activités de toxicovigilance menaient à des actes de sensibilisation pour le grand public, telle que la confection de flyers et posters mais permettaient aussi de proposer des algorithmes de prise en charge et des publications scientifiques pour les professionnels de santé.