M. Araoud, M. Aloui, M. Jday, M.A. Nouioui, N. Brahmi, A. Hedhili
{"title":"Intoxications aiguës aux pesticides anticholinestérasiques en Tunisie : analyse épidémiologique sur cinq ans","authors":"M. Araoud, M. Aloui, M. Jday, M.A. Nouioui, N. Brahmi, A. Hedhili","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.046","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>En Tunisie, les intoxications par pesticides anticholinestérasiques représentent un véritable problème de santé publique majeur. À l’échelle mondiale, chaque année le nombre de décès dus à l’ingestion de pesticides extrêmement toxiques dépasse 150 milles <span><span>[1]</span></span>. L’objectif de cette étude a été d’établir les caractéristiques épidémiologiques, cliniques, et biologiques, des patients intoxiqués par ce type de pesticides.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Il s’agit d’une étude rétrospective qui a concerné 109 cas d’intoxications aiguës (IA) aux pesticides anticholinestérasiques, organophosphorés (OP) et carbamates (CB), accueillis au centre d’assistance médicale urgente de Tunis, étalée sur une période de cinq ans.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>La prévalence des intoxications par les anticholinestérasiques a connu une augmentation par rapport à l’ensemble des IA par les pesticides durant la période de l’étude. La population étudiée a un âge moyen de 39<!--> <!-->±<!--> <!-->20 ans, avec des extrêmes allant de 1 à 98 ans. La tranche d’âge la plus touchée est celle des adultes âgés entre 20 et 39 ans. Le sexe-ratio (H/F) est de 0,88 avec une prédominance féminine (55 %). Il est à noter qu’une relation de dépendance significative entre la circonstance d’intoxication et les troubles psychiatriques a été retrouvée (<em>p</em> <!-->=<!--> <!-->0,031), avec un <em>odds ratio</em> de 1,3 (IC<sub>95 %</sub> <!-->=<!--> <!-->[1,14–1,49]). Dans la majorité des cas l’ingestion a été volontaire (62 %), due à une administration orale d’un pesticide anticholinestérasique uniquement, ou associé à un autre produit (8 %). Les OP ont été les plus incriminés dans les IA (55 %), notamment le chlorpyriphos. Cependant, le méthomyl a été parmi les molécules les plus retrouvées dans les ingestions des carbamates. Les signes cliniques les plus fréquemment observés chez les patients ont été le myosis (75 %), la bradycardie (56 %), les diarrhées (49 %), l’hypersécrétion bronchique (22 %), et les fasciculations (17 %). Parmi les patients, 15 % ont développé un syndrome encéphalique avec coma et confusion. L’hyperleucocytose (63 %), l’hyperglycémie (56 %), l’hypokaliémie (39 %), et l’hyperlactatémie (14 %) ont été parmi les anomalies biologiques les plus fréquentes. Il est à signaler que l’activité de la butyrylcholinestérase (BchE) a été significativement dépendante de la circonstance d’exposition (<em>p</em> <!-->=<!--> <!-->0,027). À l’admission, l’activité moyenne de la BchE carbamylée a été de 2660<!--> <!-->UI/L, avec des extrêmes allant de 44 à 9646<!--> <!-->UI/L, et une régénération généralement en 24<!--> <!-->h. Cependant, celle phosphorylée a été de 3137<!--> <!-->UI/L [46–12 559<!--> <!-->UI/L]. L’activité moyenne de l’acétylcholinestérase (AchE) a été égale à 4<!--> <!-->UI/mL d’érythrocytes [0–8<!--> <!-->UI/mL d’érythrocytes], dans les cas d’ingestions des OP. Le traitement a consisté en un lavage gastrique chez 36 % des cas, une ventilation assistée (30 %), et l’administration de l’atropine pour 72 % des patients. L’évolution a été fatale dans 6 % des cas, dont 71 % intoxiqués par des OP.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>L’augmentation de la prévalence des intoxications par les anticholinestérasiques au regard de l’ensemble des IA associées aux pesticides ainsi que l’incrimination croissante de ces produits reflètent leur rôle graduel dans les IA principalement dans un but suicidaire. Ces résultats soulignent la nécessité d’une régulation plus stricte de la vente de ces pesticides, d’une vigilance épidémiologique accrue, et d’interventions préventives notamment un renforcement des actions de prévention en santé mentale.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S109"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002392","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
引用次数: 0
Abstract
Objectif
En Tunisie, les intoxications par pesticides anticholinestérasiques représentent un véritable problème de santé publique majeur. À l’échelle mondiale, chaque année le nombre de décès dus à l’ingestion de pesticides extrêmement toxiques dépasse 150 milles [1]. L’objectif de cette étude a été d’établir les caractéristiques épidémiologiques, cliniques, et biologiques, des patients intoxiqués par ce type de pesticides.
Méthode
Il s’agit d’une étude rétrospective qui a concerné 109 cas d’intoxications aiguës (IA) aux pesticides anticholinestérasiques, organophosphorés (OP) et carbamates (CB), accueillis au centre d’assistance médicale urgente de Tunis, étalée sur une période de cinq ans.
Résultats
La prévalence des intoxications par les anticholinestérasiques a connu une augmentation par rapport à l’ensemble des IA par les pesticides durant la période de l’étude. La population étudiée a un âge moyen de 39 ± 20 ans, avec des extrêmes allant de 1 à 98 ans. La tranche d’âge la plus touchée est celle des adultes âgés entre 20 et 39 ans. Le sexe-ratio (H/F) est de 0,88 avec une prédominance féminine (55 %). Il est à noter qu’une relation de dépendance significative entre la circonstance d’intoxication et les troubles psychiatriques a été retrouvée (p = 0,031), avec un odds ratio de 1,3 (IC95 % = [1,14–1,49]). Dans la majorité des cas l’ingestion a été volontaire (62 %), due à une administration orale d’un pesticide anticholinestérasique uniquement, ou associé à un autre produit (8 %). Les OP ont été les plus incriminés dans les IA (55 %), notamment le chlorpyriphos. Cependant, le méthomyl a été parmi les molécules les plus retrouvées dans les ingestions des carbamates. Les signes cliniques les plus fréquemment observés chez les patients ont été le myosis (75 %), la bradycardie (56 %), les diarrhées (49 %), l’hypersécrétion bronchique (22 %), et les fasciculations (17 %). Parmi les patients, 15 % ont développé un syndrome encéphalique avec coma et confusion. L’hyperleucocytose (63 %), l’hyperglycémie (56 %), l’hypokaliémie (39 %), et l’hyperlactatémie (14 %) ont été parmi les anomalies biologiques les plus fréquentes. Il est à signaler que l’activité de la butyrylcholinestérase (BchE) a été significativement dépendante de la circonstance d’exposition (p = 0,027). À l’admission, l’activité moyenne de la BchE carbamylée a été de 2660 UI/L, avec des extrêmes allant de 44 à 9646 UI/L, et une régénération généralement en 24 h. Cependant, celle phosphorylée a été de 3137 UI/L [46–12 559 UI/L]. L’activité moyenne de l’acétylcholinestérase (AchE) a été égale à 4 UI/mL d’érythrocytes [0–8 UI/mL d’érythrocytes], dans les cas d’ingestions des OP. Le traitement a consisté en un lavage gastrique chez 36 % des cas, une ventilation assistée (30 %), et l’administration de l’atropine pour 72 % des patients. L’évolution a été fatale dans 6 % des cas, dont 71 % intoxiqués par des OP.
Conclusion
L’augmentation de la prévalence des intoxications par les anticholinestérasiques au regard de l’ensemble des IA associées aux pesticides ainsi que l’incrimination croissante de ces produits reflètent leur rôle graduel dans les IA principalement dans un but suicidaire. Ces résultats soulignent la nécessité d’une régulation plus stricte de la vente de ces pesticides, d’une vigilance épidémiologique accrue, et d’interventions préventives notamment un renforcement des actions de prévention en santé mentale.