{"title":"Intoxication accidentelle au cannabis chez les jeunes enfants : étude rétrospective sur 3 ans au CHU de Bab El Oued, Algérie","authors":"I. Kolli , S. Ettaieb Errahmani , S. Kaddour","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.060","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>L’intoxication accidentelle au cannabis chez les jeunes enfants constitue un problème de santé publique. L’objectif est de décrire les caractéristiques démographiques, cliniques et circonstancielles de ces intoxications, pour mieux cerner cette problématique au niveau local.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Il s’agit d’une étude rétrospective descriptive, menée entre le 1<sup>er</sup> janvier 2022 et le 31 décembre 2024, portant sur 75 cas d’enfants âgés de 4 ans et moins, dont les analyses toxicologiques effectuées au service de toxicologie du CHU Bab El Oued, ont révélé une exposition au cannabis. Les variables prises en comptes sont : l’âge, le sexe, le lieu et la source d’exposition, la symptomatologie et le délai. Elles ont été collectées à partir des registres internes du service et analysées par Microsoft Excel® 2021.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Une augmentation du nombre de cas a été observée : 10 cas en 2022, 27 cas en 2023, et 38 cas en 2024. L’âge médian des enfants était de 14 mois (7–48 mois), et l’âge moyen de 16,2 mois.</div><div>La population étudiée comptait 43 garçons et 32 filles (sexe-ratio : 1,34). Dans 38 cas, une ingestion de résine de cannabis a été rapportée par les parents, tandis qu’elle a été suspectée dans 15 cas, et non rapportée dans 22 cas, cas pour lesquels la symptomatologie a motivé la réalisation des analyses toxicologiques. Le lieu de l’exposition n’est précisé que dans 15 cas : 12 cas à domicile et 3 cas à l’extérieur. La source du produit a été identifiée dans 11 cas : appartenant à un parent du premier degré dans 6 cas (père ou frère), et à un autre membre de la famille dans 5 cas (oncle ou grand-père). Pour nos sujets, le délai entre l’apparition des symptômes et la prise en charge n’a pas été renseigné, et en moyenne, l’analyse toxicologique a été réalisée 11,2<!--> <!-->heures après l’apparition des symptômes. La symptomatologie était décrite pour 70 cas, avec : une somnolence (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->40), des convulsions (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->7), une mydriase (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->5), un myosis (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->5) et plus rarement un coma (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->1) avec un score de Glasgow de 8/15. D’autres signes ont également été observés, comprenant une asthénie/hypotonie (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->6) et une hyperhémie (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->3). 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Par ailleurs, Chartier et al. ont indiqué que le cannabis à l’origine de l’intoxication appartenait le plus souvent à un proche de l’enfant, notamment un membre de la famille (68 %) <span><span>[2]</span></span>. Après ingestion de résine de cannabis, l’absorption est lente : les premiers symptômes surviennent après 1 à 3<!--> <!-->h, les concentrations plasmatiques maximales sont atteintes entre 1 et 6<!--> <!-->h, avec un effet retardé et une durée des symptômes prolongée <span><span>[1]</span></span>, <span><span>[2]</span></span>. Les manifestations cliniques observées dans notre étude sont en accord avec les profils symptomatiques décrits dans la littérature concernant les intoxications pédiatriques au cannabis <span><span>[1]</span></span>, <span><span>[3]</span></span>. Nos données offrent une perspective régionale précieuse sur le profil clinique et démographique de cette intoxication pédiatrique. 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Abstract
Objectif
L’intoxication accidentelle au cannabis chez les jeunes enfants constitue un problème de santé publique. L’objectif est de décrire les caractéristiques démographiques, cliniques et circonstancielles de ces intoxications, pour mieux cerner cette problématique au niveau local.
Méthode
Il s’agit d’une étude rétrospective descriptive, menée entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2024, portant sur 75 cas d’enfants âgés de 4 ans et moins, dont les analyses toxicologiques effectuées au service de toxicologie du CHU Bab El Oued, ont révélé une exposition au cannabis. Les variables prises en comptes sont : l’âge, le sexe, le lieu et la source d’exposition, la symptomatologie et le délai. Elles ont été collectées à partir des registres internes du service et analysées par Microsoft Excel® 2021.
Résultats
Une augmentation du nombre de cas a été observée : 10 cas en 2022, 27 cas en 2023, et 38 cas en 2024. L’âge médian des enfants était de 14 mois (7–48 mois), et l’âge moyen de 16,2 mois.
La population étudiée comptait 43 garçons et 32 filles (sexe-ratio : 1,34). Dans 38 cas, une ingestion de résine de cannabis a été rapportée par les parents, tandis qu’elle a été suspectée dans 15 cas, et non rapportée dans 22 cas, cas pour lesquels la symptomatologie a motivé la réalisation des analyses toxicologiques. Le lieu de l’exposition n’est précisé que dans 15 cas : 12 cas à domicile et 3 cas à l’extérieur. La source du produit a été identifiée dans 11 cas : appartenant à un parent du premier degré dans 6 cas (père ou frère), et à un autre membre de la famille dans 5 cas (oncle ou grand-père). Pour nos sujets, le délai entre l’apparition des symptômes et la prise en charge n’a pas été renseigné, et en moyenne, l’analyse toxicologique a été réalisée 11,2 heures après l’apparition des symptômes. La symptomatologie était décrite pour 70 cas, avec : une somnolence (n = 40), des convulsions (n = 7), une mydriase (n = 5), un myosis (n = 5) et plus rarement un coma (n = 1) avec un score de Glasgow de 8/15. D’autres signes ont également été observés, comprenant une asthénie/hypotonie (n = 6) et une hyperhémie (n = 3). Dans 5 cas, les symptômes n’étaient pas décrits mais une ingestion ou une suspicion d’ingestion avait été évoquée.
Conclusion
L’âge médian observé dans notre étude (14 mois) est cohérent avec celui rapporté par Arbouche et al. [1] et proche de celui rapporté par Chartier et al. (15 mois) [2]. Contrairement à notre étude, qui montre une prédominance masculine, Arbouche et al. [1] et Mehamha et al. [3] ont rapporté une majorité féminine dans les cas d’intoxication infantile au cannabis (52 % et 53,8 % respectivement). Le domicile représente 80 % des lieux d’exposition documentés, soit un pourcentage comparable à celui de 87 % rapporté par Claudet et al. [4]. Par ailleurs, Chartier et al. ont indiqué que le cannabis à l’origine de l’intoxication appartenait le plus souvent à un proche de l’enfant, notamment un membre de la famille (68 %) [2]. Après ingestion de résine de cannabis, l’absorption est lente : les premiers symptômes surviennent après 1 à 3 h, les concentrations plasmatiques maximales sont atteintes entre 1 et 6 h, avec un effet retardé et une durée des symptômes prolongée [1], [2]. Les manifestations cliniques observées dans notre étude sont en accord avec les profils symptomatiques décrits dans la littérature concernant les intoxications pédiatriques au cannabis [1], [3]. Nos données offrent une perspective régionale précieuse sur le profil clinique et démographique de cette intoxication pédiatrique. Une sensibilisation ciblée du public est essentielle pour prévenir de futurs incidents similaires.