A. Gouraud , C. Chevallier , A.M. Patat , S. Deheul , C. Tournoud , French Poison Control Centers Research Group
{"title":"Risques de l’usage des poppers : état des lieux dans les centres antipoison après 10 ans de dérégulation","authors":"A. Gouraud , C. Chevallier , A.M. Patat , S. Deheul , C. Tournoud , French Poison Control Centers Research Group","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.058","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Les poppers sont des nitrites d’alkyles volatiles aux propriétés vasodilatatrices et euphorisantes consommés le plus souvent dans un cadre récréatif ou sexuel. Présents en France depuis les années 1970, ils ont fait l’objet de plusieurs tentatives de règlementation ayant conduit à leur interdiction sur les périodes 2007–2009 puis 2011–2013 avant que la vente n’en soit à nouveau autorisée. Depuis, les études menées par l’Office français des drogues et toxicomanies (OFDT) montrent un accroissement du nombre d’usagers, en particulier chez les plus jeunes et une banalisation des usages. Afin d’évaluer les risques actuels associés à l’usage des poppers, les contextes de survenue et la population concernée, nous proposons une analyse des cas d’expositions recueillis par les centres antipoison français.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>L’ensemble des cas d’exposition avérée, enregistrés par les centres antipoison sur la période du 01/01/2018 au 30/04/2024 ont été extraits et analysés. Une attention particulière a été portée aux antécédents des patients, au contexte et à la voie d’exposition afin d’identifier plus spécifiquement les modes d’exposition les plus à risque.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Au total, 1406 dossiers ont été retenus pour l’analyse dont 89 % de cas symptomatiques et 8 cas de décès. Le nombre annuel de cas d’exposition aux poppers rapporté à l’ensemble des cas montre une augmentation régulière sur la période de l’étude et un triplement du taux de 2023 vs celui rapporté au cours d’une précédente analyse (2012 dernière période d’interdiction). L’âge médian était de 28 ans avec plus d’un tiers des patients appartenant aux 18–25 ans. Quatre-vingt-neuf cas d’expositions pédiatriques ont été identifiés. Le sex-ratio H/F était de 1,9 sur l’ensemble de la population avec une prédominance masculine qui augmente avec l’âge (H/F<!--> <!-->≈<!--> <!-->4 sur la tranche des plus de 50 ans). 20 % des patients pour laquelle l’information était disponible avaient un antécédent de pathologie psychiatrique tandis que 14 % avaient un trouble d’usage de substances psychoactives.</div><div>La moitié des cas symptomatiques survenaient dans un contexte d’exposition accidentelle. Il s’agissait alors principalement de projections cutanées, buccales, oculaires et de confusions ayant conduit à des expositions par voie orale y compris chez des enfants. Ces expositions, avec pour les plus sévères des brulures cutanées, oculaires ou des méthémoglobinémies symptomatiques, ont conduit à un recours au soin dans près de 40 % des cas.</div><div>Les expositions volontaires quant à elles étaient à l’origine de 71 % des 338 cas de méthémoglobinémies symptomatiques avec une voie d’exposition respiratoires dans près de 72 % des cas. Un recours à une structure de soin était rapporté dans 96 % de ces cas qu’il s’agisse d’administrer de l’O2 (80 %), du bleu de méthylène (57 %) ou d’une prise en charge réanimatoire avec intubation (3,6 %). Trois patients sont décédés.</div><div>Notre analyse a permis de mettre en lumière trois nouveaux signaux : des cas d’anémie hémolytique et d’atteintes pulmonaires à type de détresses respiratoire lors d’utilisation subaiguës ou chroniques de poppers par voie inhalée, d’une part, et, d’autre part, un transfert de consommation de patients alcooliques sevrés ou en cours de sevrage vers les poppers.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Cette analyse confirme de façon indirecte les tendances de consommation identifiées par l’OFDT depuis la levée d’interdiction, à savoir une augmentation de l’usage des poppers avec une extension de la cible vers des publics plus jeunes et notamment les mineurs. Toutes les voies d’expositions exposent à des risques et sont associées à une morbidité importante, notamment l’usage inhalé à l’origine de cas de méthémoglobinémies. Ainsi, après 10 ans de dérégulation, il paraît important de mettre à nouveau en place des mesures permettant de limiter si ça n’est d’interdire l’usage des poppers.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S116-S117"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002513","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectif
Les poppers sont des nitrites d’alkyles volatiles aux propriétés vasodilatatrices et euphorisantes consommés le plus souvent dans un cadre récréatif ou sexuel. Présents en France depuis les années 1970, ils ont fait l’objet de plusieurs tentatives de règlementation ayant conduit à leur interdiction sur les périodes 2007–2009 puis 2011–2013 avant que la vente n’en soit à nouveau autorisée. Depuis, les études menées par l’Office français des drogues et toxicomanies (OFDT) montrent un accroissement du nombre d’usagers, en particulier chez les plus jeunes et une banalisation des usages. Afin d’évaluer les risques actuels associés à l’usage des poppers, les contextes de survenue et la population concernée, nous proposons une analyse des cas d’expositions recueillis par les centres antipoison français.
Méthode
L’ensemble des cas d’exposition avérée, enregistrés par les centres antipoison sur la période du 01/01/2018 au 30/04/2024 ont été extraits et analysés. Une attention particulière a été portée aux antécédents des patients, au contexte et à la voie d’exposition afin d’identifier plus spécifiquement les modes d’exposition les plus à risque.
Résultats
Au total, 1406 dossiers ont été retenus pour l’analyse dont 89 % de cas symptomatiques et 8 cas de décès. Le nombre annuel de cas d’exposition aux poppers rapporté à l’ensemble des cas montre une augmentation régulière sur la période de l’étude et un triplement du taux de 2023 vs celui rapporté au cours d’une précédente analyse (2012 dernière période d’interdiction). L’âge médian était de 28 ans avec plus d’un tiers des patients appartenant aux 18–25 ans. Quatre-vingt-neuf cas d’expositions pédiatriques ont été identifiés. Le sex-ratio H/F était de 1,9 sur l’ensemble de la population avec une prédominance masculine qui augmente avec l’âge (H/F ≈ 4 sur la tranche des plus de 50 ans). 20 % des patients pour laquelle l’information était disponible avaient un antécédent de pathologie psychiatrique tandis que 14 % avaient un trouble d’usage de substances psychoactives.
La moitié des cas symptomatiques survenaient dans un contexte d’exposition accidentelle. Il s’agissait alors principalement de projections cutanées, buccales, oculaires et de confusions ayant conduit à des expositions par voie orale y compris chez des enfants. Ces expositions, avec pour les plus sévères des brulures cutanées, oculaires ou des méthémoglobinémies symptomatiques, ont conduit à un recours au soin dans près de 40 % des cas.
Les expositions volontaires quant à elles étaient à l’origine de 71 % des 338 cas de méthémoglobinémies symptomatiques avec une voie d’exposition respiratoires dans près de 72 % des cas. Un recours à une structure de soin était rapporté dans 96 % de ces cas qu’il s’agisse d’administrer de l’O2 (80 %), du bleu de méthylène (57 %) ou d’une prise en charge réanimatoire avec intubation (3,6 %). Trois patients sont décédés.
Notre analyse a permis de mettre en lumière trois nouveaux signaux : des cas d’anémie hémolytique et d’atteintes pulmonaires à type de détresses respiratoire lors d’utilisation subaiguës ou chroniques de poppers par voie inhalée, d’une part, et, d’autre part, un transfert de consommation de patients alcooliques sevrés ou en cours de sevrage vers les poppers.
Conclusion
Cette analyse confirme de façon indirecte les tendances de consommation identifiées par l’OFDT depuis la levée d’interdiction, à savoir une augmentation de l’usage des poppers avec une extension de la cible vers des publics plus jeunes et notamment les mineurs. Toutes les voies d’expositions exposent à des risques et sont associées à une morbidité importante, notamment l’usage inhalé à l’origine de cas de méthémoglobinémies. Ainsi, après 10 ans de dérégulation, il paraît important de mettre à nouveau en place des mesures permettant de limiter si ça n’est d’interdire l’usage des poppers.