A. Gouraud , M. Labadie , R. Azzouz , M. Lepelley , J. Bene , J. Cottin , French Poison Control Centers Research Group
{"title":"Prise en charge des surdosages accidentels de 5 fluorouracil (5FU) : place de l’uridine triacetate (Vistogard®)","authors":"A. Gouraud , M. Labadie , R. Azzouz , M. Lepelley , J. Bene , J. Cottin , French Poison Control Centers Research Group","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.059","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Les surdosages accidentels en 5FU, qu’ils surviennent en raison d’une erreur de programmation de pompe de perfusion ou d’erreurs de calcul de dose, peuvent entraîner une toxicité sévère conduisant au décès du patient. Depuis 2015, l’uridine triacetate (Vistogard) est un antidote proposé dans la prise en charge précoce de ces erreurs. Son évaluation est basée sur une étude mono-bras comparée à une cohorte historique dans laquelle le taux de survie sans antidote a été estimé à 16 % <span><span>[1]</span></span>. Cependant, son accès limité et son coût élevé d’environ 80 000<!--> <!-->€ par traitement, rendent son utilisation inconstante. Nous souhaitons décrire la prise en charge des erreurs d’administration du 5FU en France depuis la mise à disposition de l’antidote.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>L’ensemble des cas enregistrés par les centres antipoison et les centres de pharmacovigilance français sur la période du 01/01/2014 au 13/12/20 ont été extraits et analysés.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Après dédoublonnage, 52 cas d’exposition ont été identifiés. Ils concernaient 17 femmes et 35 hommes, d’âge moyen 64,7 ans. Dans tous les cas sauf un il s’agissait d’une erreur de débit de perfusion avec une vitesse de perfusion augmentée d’un facteur multiplicatif allant de 1,2 à 60. L’évolution est connue pour 43 patients, elle est favorable dans 40 cas avec un délai médian de suivi de 18<!--> <!-->jours (2–150). Vingt-six patients ont présenté des symptômes incluant des cytopénies (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->8), mucites (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->7), troubles digestifs (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->11), asthénie (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->5). Aucun cas d’atteinte cardiaque n’a été enregistré. L’évaluation du risque à l’aide du score de sévérité proposé par Ma et al. <span><span>[1]</span></span> était possible dans 42 cas dont 38 où l’évolution est connue. Un risque létal était retrouvé dans 25 cas et un risque de toxicité sévère dans 14 cas. Le Vistogard® a été administré dans un délai médian de 48<!--> <!-->h chez 11 patients à risque léthal et 2 patients à risque sévère.</div><div>Trois patients sont décédés, tous avec un lien possible ou probable avec (2 sepsis sur pancytopénie, 1 détresse respiratoire). Tous appartenaient au groupe à risque létal ; 1 patient avait bénéficié de l’antidote. Les taux de survie totaux chez les patients à risque létal sont de 90,9 % avec antidote et 84,6 % dans le groupe soins de support.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Les surdosages accidentels de 5FU restent des expositions à risque. À ce jour, l’évaluation du bénéfice du traitement antidotique est seulement basée sur la comparaison à une cohorte historique. Selon son RCP, il serait recommandé dans tous les surdosages en 5FU ou capécitabine indépendamment de la présence de symptômes ou de l’évaluation du score de risque. Malgré les limites liées notamment à la nature rétrospective de notre étude, nos résultats suggèrent un bénéfice de l’antidote très en deçà de l’évaluation initiale. Une étude coût/efficacité pourrait permettre de mieux définir la place de ce médicament dans les intoxications au 5FU.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S117"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002525","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectif
Les surdosages accidentels en 5FU, qu’ils surviennent en raison d’une erreur de programmation de pompe de perfusion ou d’erreurs de calcul de dose, peuvent entraîner une toxicité sévère conduisant au décès du patient. Depuis 2015, l’uridine triacetate (Vistogard) est un antidote proposé dans la prise en charge précoce de ces erreurs. Son évaluation est basée sur une étude mono-bras comparée à une cohorte historique dans laquelle le taux de survie sans antidote a été estimé à 16 % [1]. Cependant, son accès limité et son coût élevé d’environ 80 000 € par traitement, rendent son utilisation inconstante. Nous souhaitons décrire la prise en charge des erreurs d’administration du 5FU en France depuis la mise à disposition de l’antidote.
Méthode
L’ensemble des cas enregistrés par les centres antipoison et les centres de pharmacovigilance français sur la période du 01/01/2014 au 13/12/20 ont été extraits et analysés.
Résultats
Après dédoublonnage, 52 cas d’exposition ont été identifiés. Ils concernaient 17 femmes et 35 hommes, d’âge moyen 64,7 ans. Dans tous les cas sauf un il s’agissait d’une erreur de débit de perfusion avec une vitesse de perfusion augmentée d’un facteur multiplicatif allant de 1,2 à 60. L’évolution est connue pour 43 patients, elle est favorable dans 40 cas avec un délai médian de suivi de 18 jours (2–150). Vingt-six patients ont présenté des symptômes incluant des cytopénies (n = 8), mucites (n = 7), troubles digestifs (n = 11), asthénie (n = 5). Aucun cas d’atteinte cardiaque n’a été enregistré. L’évaluation du risque à l’aide du score de sévérité proposé par Ma et al. [1] était possible dans 42 cas dont 38 où l’évolution est connue. Un risque létal était retrouvé dans 25 cas et un risque de toxicité sévère dans 14 cas. Le Vistogard® a été administré dans un délai médian de 48 h chez 11 patients à risque léthal et 2 patients à risque sévère.
Trois patients sont décédés, tous avec un lien possible ou probable avec (2 sepsis sur pancytopénie, 1 détresse respiratoire). Tous appartenaient au groupe à risque létal ; 1 patient avait bénéficié de l’antidote. Les taux de survie totaux chez les patients à risque létal sont de 90,9 % avec antidote et 84,6 % dans le groupe soins de support.
Conclusion
Les surdosages accidentels de 5FU restent des expositions à risque. À ce jour, l’évaluation du bénéfice du traitement antidotique est seulement basée sur la comparaison à une cohorte historique. Selon son RCP, il serait recommandé dans tous les surdosages en 5FU ou capécitabine indépendamment de la présence de symptômes ou de l’évaluation du score de risque. Malgré les limites liées notamment à la nature rétrospective de notre étude, nos résultats suggèrent un bénéfice de l’antidote très en deçà de l’évaluation initiale. Une étude coût/efficacité pourrait permettre de mieux définir la place de ce médicament dans les intoxications au 5FU.