Envenimations par des frelons à pattes jaunes et autres hyménoptères en France hexagonale : étude de plusieurs sources de données sanitaires de 2014 à 2023
S. Sinno-Tellier , J. Hamon , L. De Haro , M. Labadie , A. Maillot , N. Delcourt , R. Curtet , B. Verrat , A. Fouillet
{"title":"Envenimations par des frelons à pattes jaunes et autres hyménoptères en France hexagonale : étude de plusieurs sources de données sanitaires de 2014 à 2023","authors":"S. Sinno-Tellier , J. Hamon , L. De Haro , M. Labadie , A. Maillot , N. Delcourt , R. Curtet , B. Verrat , A. Fouillet","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.073","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Le frelon à pattes jaunes ou « frelon asiatique » <em>Vespa velutina nigrithorax</em>, détecté pour la première fois en France en 2004, a colonisé en 20 ans l’ensemble de l’Hexagone. Prédateur de l’abeille domestique, la loi du 15 mars 2025 vise à endiguer sa prolifération pour préserver la filière apicole. Le dernier bilan sanitaire chez l’Homme datant de dix ans <span><span>[1]</span></span>, la Direction générale de la santé a demandé à l’Anses d’analyser en lien avec les Centres antipoison (CAP) et Santé publique France l’évolution des piqûres de frelons à pattes jaunes et des autres hyménoptères (frelons européens, guêpes, abeilles…) à partir de quatre bases de données de santé complémentaires.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Étude rétrospective des données nationales des CAP (SICAP), des passages aux urgences (réseau OSCOUR®), des hospitalisations (PMSI) et des certificats de décès (CépiDc) pour piqûres d’hyménoptères de 2014 à 2023 inclus. Une même envenimation pouvait être comptée dans plusieurs sources sans qu’il ne soit possible de l’identifier.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Au total, 6022 appels aux CAP et 179 141 passages aux urgences (dont 2 % suivis d’une hospitalisation) pour piqûres d’hyménoptères ont été enregistrés. Ces données étaient corrélées dans le temps et dans l’espace. Un plus grand nombre de recours pour piqûres d’hyménoptères était observé en 2018 et 2020 et un moins grand nombre en 2021 et 2023, ainsi que des pics saisonniers en juillet ou août. Lors de l’appel aux CAP, les guêpes (37 %), frelons (à pattes jaunes ou autres) (25 %) puis abeilles (19 %) étaient à l’origine de la piqûre (hyménoptère non renseigné, 19 %). La répartition géographique des piqûres d’hyménoptères était relativement homogène dans tout l’Hexagone. Les piqûres de frelons étaient plus fréquentes dans les régions de l’ouest, du sud-ouest et du sud-est du territoire. Les envenimations par des hyménoptères enregistrées dans le SICAP étaient graves pour 1,5 % (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->91) d’entre elles, pouvant menacer le pronostic vital ou conduire au décès. Elles étaient le plus souvent dues à des frelons (à pattes jaunes ou autres) (38 %), suivis des abeilles (24 %) et guêpes (22 %) (hyménoptère non renseigné, 16 %). Enfin, une réaction allergique, seule ou associée à des signes toxiques, était décrite dans 89 % des envenimations graves par des hyménoptères. Une seule piqûre avait été suffisante dans près de la moitié des formes graves (48 %), un peu plus souvent en cas de frelons (53 % de piqûre unique). Par ailleurs, 18 213 hospitalisations pour piqûres d’hyménoptères ont été enregistrées, dont 13 % en réanimation (maximum de 17 % en 2023). D’après les données de mortalité, 256 personnes étaient décédées en lien avec une piqûre d’hyménoptère. Une mention de piqûre de frelon (à pattes jaunes ou autres) figurait dans 27 % des certificats de décès (maximum de 43 % en 2023).</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Comme pour les guêpes, les abeilles ou les autres frelons, les envenimations par des frelons à pattes jaunes peuvent être graves chez l’Homme en cas de piqûres multiples, des muqueuses (bouche) ou d’allergie au venin. Les données de recours aux soins ont montré une plus grande proportion d’envenimations graves par des frelons (à pattes jaunes ou autres) que par des guêpes ou des abeilles. Afin de suivre l’évolution des envenimations par des hyménoptères, l’Anses recommande de surveiller les données des passages aux urgences, étroitement corrélées aux données des CAP. La protection de la population, notamment en cas de présence de nids de frelons, reste essentielle pour éviter les envenimations.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S125"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002665","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
引用次数: 0
Abstract
Objectif
Le frelon à pattes jaunes ou « frelon asiatique » Vespa velutina nigrithorax, détecté pour la première fois en France en 2004, a colonisé en 20 ans l’ensemble de l’Hexagone. Prédateur de l’abeille domestique, la loi du 15 mars 2025 vise à endiguer sa prolifération pour préserver la filière apicole. Le dernier bilan sanitaire chez l’Homme datant de dix ans [1], la Direction générale de la santé a demandé à l’Anses d’analyser en lien avec les Centres antipoison (CAP) et Santé publique France l’évolution des piqûres de frelons à pattes jaunes et des autres hyménoptères (frelons européens, guêpes, abeilles…) à partir de quatre bases de données de santé complémentaires.
Méthode
Étude rétrospective des données nationales des CAP (SICAP), des passages aux urgences (réseau OSCOUR®), des hospitalisations (PMSI) et des certificats de décès (CépiDc) pour piqûres d’hyménoptères de 2014 à 2023 inclus. Une même envenimation pouvait être comptée dans plusieurs sources sans qu’il ne soit possible de l’identifier.
Résultats
Au total, 6022 appels aux CAP et 179 141 passages aux urgences (dont 2 % suivis d’une hospitalisation) pour piqûres d’hyménoptères ont été enregistrés. Ces données étaient corrélées dans le temps et dans l’espace. Un plus grand nombre de recours pour piqûres d’hyménoptères était observé en 2018 et 2020 et un moins grand nombre en 2021 et 2023, ainsi que des pics saisonniers en juillet ou août. Lors de l’appel aux CAP, les guêpes (37 %), frelons (à pattes jaunes ou autres) (25 %) puis abeilles (19 %) étaient à l’origine de la piqûre (hyménoptère non renseigné, 19 %). La répartition géographique des piqûres d’hyménoptères était relativement homogène dans tout l’Hexagone. Les piqûres de frelons étaient plus fréquentes dans les régions de l’ouest, du sud-ouest et du sud-est du territoire. Les envenimations par des hyménoptères enregistrées dans le SICAP étaient graves pour 1,5 % (n = 91) d’entre elles, pouvant menacer le pronostic vital ou conduire au décès. Elles étaient le plus souvent dues à des frelons (à pattes jaunes ou autres) (38 %), suivis des abeilles (24 %) et guêpes (22 %) (hyménoptère non renseigné, 16 %). Enfin, une réaction allergique, seule ou associée à des signes toxiques, était décrite dans 89 % des envenimations graves par des hyménoptères. Une seule piqûre avait été suffisante dans près de la moitié des formes graves (48 %), un peu plus souvent en cas de frelons (53 % de piqûre unique). Par ailleurs, 18 213 hospitalisations pour piqûres d’hyménoptères ont été enregistrées, dont 13 % en réanimation (maximum de 17 % en 2023). D’après les données de mortalité, 256 personnes étaient décédées en lien avec une piqûre d’hyménoptère. Une mention de piqûre de frelon (à pattes jaunes ou autres) figurait dans 27 % des certificats de décès (maximum de 43 % en 2023).
Conclusion
Comme pour les guêpes, les abeilles ou les autres frelons, les envenimations par des frelons à pattes jaunes peuvent être graves chez l’Homme en cas de piqûres multiples, des muqueuses (bouche) ou d’allergie au venin. Les données de recours aux soins ont montré une plus grande proportion d’envenimations graves par des frelons (à pattes jaunes ou autres) que par des guêpes ou des abeilles. Afin de suivre l’évolution des envenimations par des hyménoptères, l’Anses recommande de surveiller les données des passages aux urgences, étroitement corrélées aux données des CAP. La protection de la population, notamment en cas de présence de nids de frelons, reste essentielle pour éviter les envenimations.