J. Bloch , C. Solal , C. Greillet , J. Hamon , S. Sinno-Tellier , M. Labadie
{"title":"Toxicovigilance : apport de la collaboration avec l’Anses","authors":"J. Bloch , C. Solal , C. Greillet , J. Hamon , S. Sinno-Tellier , M. 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L’Anses et les centres antipoison ont mis en place des requêtes automatiques hebdomadaires prospectives dans le système d’information des centres antipoison (SICAP) pour que les données puissent être prises en compte par la nutrivigilance, la pharmacovigilance vétérinaire et la phytopharmacovigilance notamment. Les données de toxicovigilance sont aussi étudiées de manière rétrospective dans des groupes de travail pilotés par l’Anses, pour répondre à des questions venant le plus souvent des toxicologues et de l’Anses, parfois du ministère de la santé ou celui l’agriculture et de la sécurité alimentaire.</div><div>Un autre type d’interaction entre les centres antipoison et l’Anses est l’alerte en temps réel. Un toxicologue constate un événement qui à lui seul lui paraît suffisant à déclencher des investigations, voire des mesures. Il peut d’agir d’une intoxication particulièrement grave, inhabituelle ou à un agent posant problème. Une exposition peut être suffisante à déclencher l’alerte, voire même la seule présence d’un produit dans un rayon de magasin ou sur un marché ; en effet, mieux vaut prévenir que guérir et ne pas attendre qu’il y ait des intoxications pour faire retirer un produit dangereux. Dans ces situations, le toxicologue qui a constaté les faits envoie un mail à la boîte [email protected] et l’Anses se charge de la suite : transmission aux autorités compétentes, Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour les produits hors aliments, Direction de l’alimentation générale (DGAl) pour les aliments et compléments alimentaires, Direction générale de la protection des risques pour les produits professionnels (DGPR). Les douanes sont parfois mobilisées pour des saisies, aux aéroports par exemple. Des analyses de produits peuvent être effectuées par le service commun des laboratoires de la DGCCRF pour confirmer l’adultération d’un complément alimentaire.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>L’analyse des intoxications par des plantes vendues a permis de dresser la liste de celles les plus à risque et de les faire figurer dans un arrêté obligeant à ce que ce risque soit mentionné sur l’étiquette. L’étude des intoxications liées à des déconditionnements de produits de la vie courante a été largement communiquée dans le grand public dans un espoir de prévention. De même, celle des intoxications par le SNIPER 1000 insecticides à base de dichlorvos, substance interdite en Europe mais largement introduite illégalement dans ce genre de produit, a médiatisé leur toxicité mais aussi permis que la DGCCRF fasse des saisies dans des boutiques ou ventes à la sauvette. Ce ne sont que quelques exemples des nombreux travaux menés à l’Anses en partenariat avec les Centres antipoison.</div><div>Parmi les exemples d’alertes directes récents, on peut citer des flacons de soude caustiques avec bouchon sécurité défaillant ayant causé des brûlures caustiques chez un enfant ayant réussi à l’ouvrir (une erreur dans la ligne de production du fabricant), des intoxications par des compléments alimentaires adultérés avec des médicaments (miels aphrodisiaques au sildenafil ou tadalafil, sirop orexigène à la cyproheptadine, thé amincissant à la sibutramine, etc.), sans compter les produits à base de CBD comportant des substances interdites.</div></div><div><h3>Discussion</h3><div>Participer aux groupes de travail de vigilance de l’Anses est ouvert à tous les experts toxicologues, lors d’un appel à candidatures par groupe de travail, tous les quatre ans. Leur expertise est indispensable pour la relecture des dossiers d’intoxication, l’estimation de la gravité et de l’imputabilité, l’interprétation des résultats de ces travaux rétrospectifs. Le circuit « court », du toxicologue à l’équipe de la Direction alertes et vigilances sanitaires (DAVS) de l’Anses, est un maillon majeur de la toxicovigilance, fortement encouragé car le plus efficace en matière de prévention. La DAVS s’engage à informer les « signalants » des suites de l’alerte qu’ils ont transmises, même lorsque celles-ci ne sont connues plusieurs mois après. L’Anses réunit toutes les 6 semaines les représentants des CAP pour partager toutes les actualités, travaux, alertes et leurs suites. Tous les travaux de vigilance de l’Anses sont publiés trois fois par mois dans Vigil’Anses <span><span>[1]</span></span>, en format facile à lire et à comprendre, en français et en anglais sur un site dédié.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>La collaboration entre les centres antipoison et l’Anses est le pilier de la toxicovigilance nationale, indispensable à la prévention des intoxications.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S96"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002203","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectif
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) est en charge de la toxicovigilance, de la nutrivigilance, de la pharmacovigilance vétérinaire, de la phytopharmacovigilance et depuis 2024, de la cosmétovigilance et de la tatouvigilance à la place de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.
En pratique, il s’agit de détecter les effets indésirables liés à l’utilisation des produits ou agents ciblés par la vigilance.
Méthode
Les centres antipoison, de par les données enregistrées en réponse téléphonique à l’urgence, enregistrent des données qui peuvent alimenter toutes ces vigilances, notamment sur le volet exposition aiguë. L’Anses et les centres antipoison ont mis en place des requêtes automatiques hebdomadaires prospectives dans le système d’information des centres antipoison (SICAP) pour que les données puissent être prises en compte par la nutrivigilance, la pharmacovigilance vétérinaire et la phytopharmacovigilance notamment. Les données de toxicovigilance sont aussi étudiées de manière rétrospective dans des groupes de travail pilotés par l’Anses, pour répondre à des questions venant le plus souvent des toxicologues et de l’Anses, parfois du ministère de la santé ou celui l’agriculture et de la sécurité alimentaire.
Un autre type d’interaction entre les centres antipoison et l’Anses est l’alerte en temps réel. Un toxicologue constate un événement qui à lui seul lui paraît suffisant à déclencher des investigations, voire des mesures. Il peut d’agir d’une intoxication particulièrement grave, inhabituelle ou à un agent posant problème. Une exposition peut être suffisante à déclencher l’alerte, voire même la seule présence d’un produit dans un rayon de magasin ou sur un marché ; en effet, mieux vaut prévenir que guérir et ne pas attendre qu’il y ait des intoxications pour faire retirer un produit dangereux. Dans ces situations, le toxicologue qui a constaté les faits envoie un mail à la boîte [email protected] et l’Anses se charge de la suite : transmission aux autorités compétentes, Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour les produits hors aliments, Direction de l’alimentation générale (DGAl) pour les aliments et compléments alimentaires, Direction générale de la protection des risques pour les produits professionnels (DGPR). Les douanes sont parfois mobilisées pour des saisies, aux aéroports par exemple. Des analyses de produits peuvent être effectuées par le service commun des laboratoires de la DGCCRF pour confirmer l’adultération d’un complément alimentaire.
Résultats
L’analyse des intoxications par des plantes vendues a permis de dresser la liste de celles les plus à risque et de les faire figurer dans un arrêté obligeant à ce que ce risque soit mentionné sur l’étiquette. L’étude des intoxications liées à des déconditionnements de produits de la vie courante a été largement communiquée dans le grand public dans un espoir de prévention. De même, celle des intoxications par le SNIPER 1000 insecticides à base de dichlorvos, substance interdite en Europe mais largement introduite illégalement dans ce genre de produit, a médiatisé leur toxicité mais aussi permis que la DGCCRF fasse des saisies dans des boutiques ou ventes à la sauvette. Ce ne sont que quelques exemples des nombreux travaux menés à l’Anses en partenariat avec les Centres antipoison.
Parmi les exemples d’alertes directes récents, on peut citer des flacons de soude caustiques avec bouchon sécurité défaillant ayant causé des brûlures caustiques chez un enfant ayant réussi à l’ouvrir (une erreur dans la ligne de production du fabricant), des intoxications par des compléments alimentaires adultérés avec des médicaments (miels aphrodisiaques au sildenafil ou tadalafil, sirop orexigène à la cyproheptadine, thé amincissant à la sibutramine, etc.), sans compter les produits à base de CBD comportant des substances interdites.
Discussion
Participer aux groupes de travail de vigilance de l’Anses est ouvert à tous les experts toxicologues, lors d’un appel à candidatures par groupe de travail, tous les quatre ans. Leur expertise est indispensable pour la relecture des dossiers d’intoxication, l’estimation de la gravité et de l’imputabilité, l’interprétation des résultats de ces travaux rétrospectifs. Le circuit « court », du toxicologue à l’équipe de la Direction alertes et vigilances sanitaires (DAVS) de l’Anses, est un maillon majeur de la toxicovigilance, fortement encouragé car le plus efficace en matière de prévention. La DAVS s’engage à informer les « signalants » des suites de l’alerte qu’ils ont transmises, même lorsque celles-ci ne sont connues plusieurs mois après. L’Anses réunit toutes les 6 semaines les représentants des CAP pour partager toutes les actualités, travaux, alertes et leurs suites. Tous les travaux de vigilance de l’Anses sont publiés trois fois par mois dans Vigil’Anses [1], en format facile à lire et à comprendre, en français et en anglais sur un site dédié.
Conclusion
La collaboration entre les centres antipoison et l’Anses est le pilier de la toxicovigilance nationale, indispensable à la prévention des intoxications.