{"title":"Étude rétrospective des intoxications aiguës pédiatriques aux raticides en Guyane française : données des centres antipoison entre 2010 et 2024","authors":"T. Blaise , C. Roman , J. Langrand","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.050","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Des cas graves et des décès consécutifs à l’ingestion de raticides importés illégalement en Guyane française ont motivé la réalisation d’une étude visant à décrire les cas d’intoxications aiguës pédiatriques par rodenticides en Guyane, notamment : population exposée, contexte des expositions, agents impliqués et symptomatologie observée.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Extraction des dossiers du système d’information des CAP entre le 1<sup>er</sup> janvier 2010 et le 31 décembre 2024, chez les moins de 18 ans exposés à un raticide sur le territoire guyanais.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Deux cent huit (208) cas ont été recensés sur la période. Entre 2010 et 2020, 10 à 15 cas étaient rapportés chaque année, puis une augmentation significative a été observée à partir de 2021 pour atteindre un maximum de 36 cas en 2024. Les enfants de moins de 2 ans représentaient 65 % des cas. Les expositions avaient lieu en grande majorité au domicile, par méconnaissance du danger. Dans un quart des cas, le raticide était mélangé à de la nourriture. Quinze intoxications volontaires (conduites suicidaires) ont été relevées chez des enfants à partir de 11 ans dans l’étude ; les préadolescents et adolescents représentent près de 30 % des décès par suicide en Guyane <span><span>[1]</span></span>. Pour 35 % des cas, le raticide était vendu sous forme liquide, et pour plus d’un cas sur deux, le produit n’avait pas été acheté en filière conventionnelle et provenait de Chine. 56 % des molécules utilisées étaient des AVK et 7,7 % des agents neurotoxiques, globalement responsables des cas les plus graves. Un décès et neuf cas sévères ont été observés, dont un ayant entraîné des séquelles neurologiques.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Sur la période d’étude, une nette augmentation du nombre de cas est constatée depuis 2021. Également, l’exposition à des raticides sous forme liquide, souvent fabriqués en Chine et achetés au Suriname, est en forte progression depuis 2020 et représentait la majorité des expositions en 2024. L’identification précise de la molécule incriminée a rarement pu être réalisée, mais la présence de fluoroacétate de sodium a été confirmée dans un cas et suspecté dans trois autres, où des symptômes neurologiques étaient associés. Les prises en charge étaient complexes, car des produits étiquetés comme contenant des AVK faiblement dosés contenaient vraisemblablement des agents neurotoxiques. Une campagne de prévention a été lancée en décembre 2024 par la préfecture de Guyane pour alerter sur les dangers d’un raticide chinois appelé « Hai-Zhen-Wei », impliqué dans un décès en Guyane et également deux décès en Nouvelle-Aquitaine en 2021. Ce produit, acheté au Suriname, introduit en Guyane puis en France hexagonale, contenait du fluoroacétate de sodium (ou 1080) <span><span>[2]</span></span>. Cette molécule, utilisée comme rodenticide, est hautement toxique pour les mammifères, y compris l’homme, par blocage du cycle de Krebs. Son usage est strictement réglementé et sa vente interdite dans plusieurs pays, dont la France. Pourtant, les produits contenant du 1080 sont en vente libre au Suriname, à bas prix, avec des effets rodenticides rapides et prolongés, ce qui les rend accessibles et dangereux pour la population de Guyane. Trois axes de travail se dégagent de ces résultats alarmants, en lien avec le déploiement d’un dispositif de toxicovigilance en Guyane depuis avril 2025 : (1) renforcer la régulation des produits à la vente en Guyane française et des produits importés illégalement sur le territoire ; (2) mettre en place des actions de sensibilisation et d’éducation de la population sur l’usage des produits biocides ; (3) favoriser un recours plus large à la réponse téléphonique à l’urgence des CAP, qui permettrait d’avoir des données plus exhaustives sur le territoire.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S111-S112"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002434","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectif
Des cas graves et des décès consécutifs à l’ingestion de raticides importés illégalement en Guyane française ont motivé la réalisation d’une étude visant à décrire les cas d’intoxications aiguës pédiatriques par rodenticides en Guyane, notamment : population exposée, contexte des expositions, agents impliqués et symptomatologie observée.
Méthode
Extraction des dossiers du système d’information des CAP entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2024, chez les moins de 18 ans exposés à un raticide sur le territoire guyanais.
Résultats
Deux cent huit (208) cas ont été recensés sur la période. Entre 2010 et 2020, 10 à 15 cas étaient rapportés chaque année, puis une augmentation significative a été observée à partir de 2021 pour atteindre un maximum de 36 cas en 2024. Les enfants de moins de 2 ans représentaient 65 % des cas. Les expositions avaient lieu en grande majorité au domicile, par méconnaissance du danger. Dans un quart des cas, le raticide était mélangé à de la nourriture. Quinze intoxications volontaires (conduites suicidaires) ont été relevées chez des enfants à partir de 11 ans dans l’étude ; les préadolescents et adolescents représentent près de 30 % des décès par suicide en Guyane [1]. Pour 35 % des cas, le raticide était vendu sous forme liquide, et pour plus d’un cas sur deux, le produit n’avait pas été acheté en filière conventionnelle et provenait de Chine. 56 % des molécules utilisées étaient des AVK et 7,7 % des agents neurotoxiques, globalement responsables des cas les plus graves. Un décès et neuf cas sévères ont été observés, dont un ayant entraîné des séquelles neurologiques.
Conclusion
Sur la période d’étude, une nette augmentation du nombre de cas est constatée depuis 2021. Également, l’exposition à des raticides sous forme liquide, souvent fabriqués en Chine et achetés au Suriname, est en forte progression depuis 2020 et représentait la majorité des expositions en 2024. L’identification précise de la molécule incriminée a rarement pu être réalisée, mais la présence de fluoroacétate de sodium a été confirmée dans un cas et suspecté dans trois autres, où des symptômes neurologiques étaient associés. Les prises en charge étaient complexes, car des produits étiquetés comme contenant des AVK faiblement dosés contenaient vraisemblablement des agents neurotoxiques. Une campagne de prévention a été lancée en décembre 2024 par la préfecture de Guyane pour alerter sur les dangers d’un raticide chinois appelé « Hai-Zhen-Wei », impliqué dans un décès en Guyane et également deux décès en Nouvelle-Aquitaine en 2021. Ce produit, acheté au Suriname, introduit en Guyane puis en France hexagonale, contenait du fluoroacétate de sodium (ou 1080) [2]. Cette molécule, utilisée comme rodenticide, est hautement toxique pour les mammifères, y compris l’homme, par blocage du cycle de Krebs. Son usage est strictement réglementé et sa vente interdite dans plusieurs pays, dont la France. Pourtant, les produits contenant du 1080 sont en vente libre au Suriname, à bas prix, avec des effets rodenticides rapides et prolongés, ce qui les rend accessibles et dangereux pour la population de Guyane. Trois axes de travail se dégagent de ces résultats alarmants, en lien avec le déploiement d’un dispositif de toxicovigilance en Guyane depuis avril 2025 : (1) renforcer la régulation des produits à la vente en Guyane française et des produits importés illégalement sur le territoire ; (2) mettre en place des actions de sensibilisation et d’éducation de la population sur l’usage des produits biocides ; (3) favoriser un recours plus large à la réponse téléphonique à l’urgence des CAP, qui permettrait d’avoir des données plus exhaustives sur le territoire.