M. Kammerer, A.P. Soares, M. Beauvallet, H. Pouliquen, M.A. Moriceau
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Abstract
Objectif
Description d’une intoxication probable par l’ecstasy chez le chien, et de son traitement par perfusion d’émulsion lipidique.
Méthode
Présentation d’un cas clinique ayant fait l’objet d’un appel au CAPAE-Ouest.
Résultats
Une chienne Setter anglais (11 ans 20 kg) est présentée en urgence à la clinique vétérinaire parce qu’elle présente des troubles neurologiques sévères : état de conscience altéré, ataxie avec tremblements généralisés, ainsi qu’une salivation abondante et une incontinence urinaire. Ces signes sont apparus 2 h après qu’elle a ingéré les selles de son propriétaire, qui a déféqué la veille dans le jardin au retour d’une soirée au cours de laquelle il a consommé de l’ecstasy. Le vétérinaire appelle alors le CAPAE-Ouest pour discuter de la conduite à tenir, et plus particulièrement de l’intérêt de la perfusion d’émulsion lipidique. Il lui est conseillé de mettre l’animal au calme, de surveiller sa température pour contrôler une possible hyperthermie et d’administrer des benzodiazépines pour corriger les troubles neuromusculaires. Mais si ces mesures sont insuffisantes, la mise en place d’une lipidothérapie est effectivement envisageable. L’animal est hospitalisé et entre dans une profonde léthargie. Face à l’absence d’amélioration, la lipidothérapie est instaurée 2 h plus tard, selon le protocole conseillé en médecine humaine (bolus de 1,5 mL/kg par voie intraveineuse lente suivi d’une perfusion de 0,25 mL/kg/min pendant 30 minutes à 1 heure). Son état général s’améliore alors de façon spectaculaire, avec disparition totale des symptômes et reprise de l’appétit dans les 2 h qui suivent.
Discussion
L’ecstasy est le nom commun d’une drogue généralement à base de MDMA (3,4-méthylène-dioxy-N-méthylamphétamine), bien que sa composition puisse également renfermer d’autres substances psychoactives. Sa résorption est importante et rapide chez l’homme, elle est partiellement métabolisée par les cytochromes P450 mais la majeure partie est excrétée dans les urines sous forme inchangée. Le devenir dans l’organisme est comparable chez le chien, bien que le métabolisme hépatique semble plus important [1] chez cette espèce. Ce cas suggère qu’une fraction significative de la substance peut aussi être éliminée dans les fèces, par résorption incomplète ou élimination biliaire. L’ingestion de selles est un pica fréquent chez le chien et c’est une circonstance d’intoxication médicamenteuse relativement courante. Le tableau clinique est l’expression d’un syndrome sérotoninergique chez les animaux comme chez l’homme. Le traitement préconisé en médecine humaine est symptomatique, mais la lipidothérapie a été utilisée avec succès lors d’intoxication à la méthamphétamine [2]. Cette observation chez une chienne conforte l’hypothèse que le recours à la perfusion d’émulsions lipidiques peut permettre un rétablissement plus rapide. La MDMA, comme la plupart des substances psychoactives, est bien lipophile et son volume de distribution est important, ces 2 critères étant déterminants pour décider de la mise en œuvre de ce traitement.
Conclusion
Bien que les substances en cause n’aient pas été identifiées précisément, cette observation apporte une contribution à la connaissance des caractéristiques pharmacocinétiques de l’ecstasy, et soulève la question de l’intérêt de la recherche analytique dans les fèces. Ce cas illustre également l’intérêt de la lipidothérapie dans le traitement des intoxications par les substances psychoactives.