A. Maillot , M. Nicolas , M.-Y. Bottein , N. Arnich , S. Sinno-Tellier , L. de Haro
{"title":"Poissons vecteurs de ciguatera : identification des espèces les plus à risque dans les Antilles françaises","authors":"A. Maillot , M. Nicolas , M.-Y. Bottein , N. Arnich , S. Sinno-Tellier , L. de Haro","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.011","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>La ciguatera est une intoxication alimentaire provoquée par la consommation de poissons contaminés par des ciguatoxines, biotoxines marines produites par des microalgues des récifs coralliens. Cette étude vise à identifier les espèces de poissons les plus souvent impliquées dans les cas de ciguatera enregistrés dans les Antilles françaises sur la période 2002–2021.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Un groupe d’experts auprès de l’Anses a réalisé un travail de gestion et d’analyse des données compilées par le laboratoire national de référence biotoxines marines en collaboration avec la Direction générale de l’Alimentation. Deux rapporteurs ont évalué l’imputabilité (selon la méthode toxicovigilance v.7.6) de chaque cas d’intoxication, le premier faisait une proposition, validée ou réévaluée par le second. Les données comprenaient des résultats de tests biologiques (bioessai souris) sur des échantillons de poissons ou de restes de repas liés à des cas de ciguatera, et des analyses ADN des poissons réalisées par le service commun des laboratoires de Marseille permettant l’identification précise des espèces impliquées.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>L’analyse a porté sur 74 poissons collectés en Guadeloupe et en Martinique. Trois familles dominent : les carangues (40 %), les vivaneaux (32 %) et les mérous (18 %) avec un quatrième groupe minoritaire de poissons divers (10 %). Si ces derniers présentent une proportion similaire et faible dans les deux territoires, une différence marquée est observée entre les deux îles : en Guadeloupe mérous et vivaneaux sont bien représentés, tandis qu’en Martinique, seuls les carangues le sont. Au total, 22 espèces ont été identifiées. Pour 63 poissons, une analyse ADN a été réalisée. Parmi eux, 15 (24 %) ont été mal identifiés par l’identification morphologique initiale : 7 erreurs d’espèce (même genre), 3 erreurs de genre (même famille), et 5 erreurs de famille (poissons non apparentés). Sur les 59 repas analysés (53 en Guadeloupe, 6 en Martinique), 10 concernaient des espèces interdites (arrêté préfectoral de 2002 uniquement en Guadeloupe), 12 des espèces sans statut connu, et 35 des espèces actuellement autorisées. Sur les 59 repas, 133 personnes ont été intoxiquées dont 43 hommes et 50 femmes. L’âge médian (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->88) était de 55 ans. Le lieu de consommation, précisé pour 48 repas, était majoritairement le domicile (47 repas), un seul ayant eu lieu au restaurant. La quantité de poisson ingérée n’était connue que pour 41 % des patients, avec une médiane de 200<!--> <!-->g par personne et par repas. La tête du poisson, pouvant être plus contaminée, a été consommée par 11 patients (8 %), tandis que les viscères et abats n’ont jamais été mentionnés. Cliniquement, les patients présentaient principalement des troubles digestifs (71 %), neurologiques (57 %), incluant dysesthésies, allodynie au froid, inversion de la thermosensibilité, et du prurit (49 %). L’imputabilité des cas était jugée probable dans 40 % des cas et très probable dans 50 %, notamment lorsque le bioessai souris était positif, renforçant la validité des associations observées.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Cette étude identifie des espèces de poissons fréquemment impliquées dans des cas de ciguatera aux Antilles françaises et souligne la nécessité de renforcer la fiabilité de l’identification des espèces et de réviser la réglementation locale en matière de pêche et de consommation. Ce travail a été complété par une analyse de la littérature scientifique.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S87"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002045","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectif
La ciguatera est une intoxication alimentaire provoquée par la consommation de poissons contaminés par des ciguatoxines, biotoxines marines produites par des microalgues des récifs coralliens. Cette étude vise à identifier les espèces de poissons les plus souvent impliquées dans les cas de ciguatera enregistrés dans les Antilles françaises sur la période 2002–2021.
Méthode
Un groupe d’experts auprès de l’Anses a réalisé un travail de gestion et d’analyse des données compilées par le laboratoire national de référence biotoxines marines en collaboration avec la Direction générale de l’Alimentation. Deux rapporteurs ont évalué l’imputabilité (selon la méthode toxicovigilance v.7.6) de chaque cas d’intoxication, le premier faisait une proposition, validée ou réévaluée par le second. Les données comprenaient des résultats de tests biologiques (bioessai souris) sur des échantillons de poissons ou de restes de repas liés à des cas de ciguatera, et des analyses ADN des poissons réalisées par le service commun des laboratoires de Marseille permettant l’identification précise des espèces impliquées.
Résultats
L’analyse a porté sur 74 poissons collectés en Guadeloupe et en Martinique. Trois familles dominent : les carangues (40 %), les vivaneaux (32 %) et les mérous (18 %) avec un quatrième groupe minoritaire de poissons divers (10 %). Si ces derniers présentent une proportion similaire et faible dans les deux territoires, une différence marquée est observée entre les deux îles : en Guadeloupe mérous et vivaneaux sont bien représentés, tandis qu’en Martinique, seuls les carangues le sont. Au total, 22 espèces ont été identifiées. Pour 63 poissons, une analyse ADN a été réalisée. Parmi eux, 15 (24 %) ont été mal identifiés par l’identification morphologique initiale : 7 erreurs d’espèce (même genre), 3 erreurs de genre (même famille), et 5 erreurs de famille (poissons non apparentés). Sur les 59 repas analysés (53 en Guadeloupe, 6 en Martinique), 10 concernaient des espèces interdites (arrêté préfectoral de 2002 uniquement en Guadeloupe), 12 des espèces sans statut connu, et 35 des espèces actuellement autorisées. Sur les 59 repas, 133 personnes ont été intoxiquées dont 43 hommes et 50 femmes. L’âge médian (n = 88) était de 55 ans. Le lieu de consommation, précisé pour 48 repas, était majoritairement le domicile (47 repas), un seul ayant eu lieu au restaurant. La quantité de poisson ingérée n’était connue que pour 41 % des patients, avec une médiane de 200 g par personne et par repas. La tête du poisson, pouvant être plus contaminée, a été consommée par 11 patients (8 %), tandis que les viscères et abats n’ont jamais été mentionnés. Cliniquement, les patients présentaient principalement des troubles digestifs (71 %), neurologiques (57 %), incluant dysesthésies, allodynie au froid, inversion de la thermosensibilité, et du prurit (49 %). L’imputabilité des cas était jugée probable dans 40 % des cas et très probable dans 50 %, notamment lorsque le bioessai souris était positif, renforçant la validité des associations observées.
Conclusion
Cette étude identifie des espèces de poissons fréquemment impliquées dans des cas de ciguatera aux Antilles françaises et souligne la nécessité de renforcer la fiabilité de l’identification des espèces et de réviser la réglementation locale en matière de pêche et de consommation. Ce travail a été complété par une analyse de la littérature scientifique.