{"title":"Physostigmine versus néostigmine dans la prise en charge des intoxications par tropatépine","authors":"E. Tireau , A. Descatha , M. Deguigne","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.035","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>La tropatépine est un médicament antiparkinsonien qui agit par antagonisme muscarinique et peut être à l’origine d’un délire anticholinergique en cas de surdosage. Deux antidotes (néostigmine et physostigmine) sont actuellement disponibles sur le marché pour la prise en charge de l’intoxication à la tropatépine. L’objectif de cette étude est de décrire les intoxications à la tropatépine et de comparer la prise en charge des patients avec néostigmine ou physotigmine.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Cette étude épidémiologique, rétrospective et multicentrique porte sur l’ensemble des intoxications volontaires (mono et polyintoxications) par la tropatépine signalées aux centres antipoison français entre le 1<sup>er</sup> janvier 2000 et le 13 juillet 2023. La relation entre la réduction des signes anticholinergiques et les facteurs de risque associés (antidote utilisé et dose ingérée) a été évaluée par régression logistique uni- et multivariée.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Au total, 458 cas d’intoxication par la tropatépine ont été inclus. Près de la moitié des patients (46,7 %) présentaient des signes anticholinergiques périphériques et 22,3 % des signes anticholinergiques centraux. Pour les patients ayant ingéré de la tropatépine seule (<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->94), 30,8 % présentaient une agitation ou un délire. Parmi ceux qui ont signalé des signes anticholinergiques centraux, leur durée moyenne était de 29,4 (±21,1) heures. Un quart des patients (25,1 %) ont nécessité des soins intensifs. Cette agitation a été traitée par sédation chez 27 % des patients, par contention physique chez 5,3 %, par néostigmine et physostigmine chez 5,5 et 2,8 % respectivement. Aucun effet indésirable n’a été observé après l’administration de l’antidote. Chez 74 % des patients traités par la néostigmine, il n’y a pas eu d’amélioration des signes centraux, alors que 100 % des patients ont répondu favorablement à la physostigmine (amélioration partielle ou totale). Après ajustement en fonction de la dose ingérée, la résolution complète des signes anticholinergiques centraux était significativement plus élevée chez les patients traités par la physostigmine que chez ceux traités par la néostigmine (OR 6,61 [1,00 ; 44,94], <em>p</em> <!-->=<!--> <!-->0,0499).</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Le surdosage en tropatépine est fréquemment associé à un syndrome anticholinergique sévère et prolongé. La physostigmine est un inhibiteur de l’acétylcholinestérase d’action périphérique et centrale qui augmente les concentrations synaptiques d’acétylcholine. Notre étude montre une supériorité significative de la physostigmine sur la néostigmine dans la régression des signes anticholinergiques centraux. Cette supériorité s’explique par le fait que la néostigmine ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique. La physostigmine est encore peu utilisée mais elle semble bien tolérée et efficace pour contrôler le syndrome anticholinergique central induit par la tropatépine, avec une supériorité sur la néostigmine.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S100-S101"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002288","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectif
La tropatépine est un médicament antiparkinsonien qui agit par antagonisme muscarinique et peut être à l’origine d’un délire anticholinergique en cas de surdosage. Deux antidotes (néostigmine et physostigmine) sont actuellement disponibles sur le marché pour la prise en charge de l’intoxication à la tropatépine. L’objectif de cette étude est de décrire les intoxications à la tropatépine et de comparer la prise en charge des patients avec néostigmine ou physotigmine.
Méthode
Cette étude épidémiologique, rétrospective et multicentrique porte sur l’ensemble des intoxications volontaires (mono et polyintoxications) par la tropatépine signalées aux centres antipoison français entre le 1er janvier 2000 et le 13 juillet 2023. La relation entre la réduction des signes anticholinergiques et les facteurs de risque associés (antidote utilisé et dose ingérée) a été évaluée par régression logistique uni- et multivariée.
Résultats
Au total, 458 cas d’intoxication par la tropatépine ont été inclus. Près de la moitié des patients (46,7 %) présentaient des signes anticholinergiques périphériques et 22,3 % des signes anticholinergiques centraux. Pour les patients ayant ingéré de la tropatépine seule (n = 94), 30,8 % présentaient une agitation ou un délire. Parmi ceux qui ont signalé des signes anticholinergiques centraux, leur durée moyenne était de 29,4 (±21,1) heures. Un quart des patients (25,1 %) ont nécessité des soins intensifs. Cette agitation a été traitée par sédation chez 27 % des patients, par contention physique chez 5,3 %, par néostigmine et physostigmine chez 5,5 et 2,8 % respectivement. Aucun effet indésirable n’a été observé après l’administration de l’antidote. Chez 74 % des patients traités par la néostigmine, il n’y a pas eu d’amélioration des signes centraux, alors que 100 % des patients ont répondu favorablement à la physostigmine (amélioration partielle ou totale). Après ajustement en fonction de la dose ingérée, la résolution complète des signes anticholinergiques centraux était significativement plus élevée chez les patients traités par la physostigmine que chez ceux traités par la néostigmine (OR 6,61 [1,00 ; 44,94], p = 0,0499).
Conclusion
Le surdosage en tropatépine est fréquemment associé à un syndrome anticholinergique sévère et prolongé. La physostigmine est un inhibiteur de l’acétylcholinestérase d’action périphérique et centrale qui augmente les concentrations synaptiques d’acétylcholine. Notre étude montre une supériorité significative de la physostigmine sur la néostigmine dans la régression des signes anticholinergiques centraux. Cette supériorité s’explique par le fait que la néostigmine ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique. La physostigmine est encore peu utilisée mais elle semble bien tolérée et efficace pour contrôler le syndrome anticholinergique central induit par la tropatépine, avec une supériorité sur la néostigmine.