{"title":"Le syndrome des bâtiments malsains, une entité à ne pas méconnaître","authors":"P. Nisse","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.029","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><div>Avant les années 70, ce concept ne semble pas exister. La modernisation des milieux de travail observée à partir des années 70 est possiblement à l’origine de l’émergence de ces épidémies de symptômes inexpliqués qui ont pour effet de plonger dans le désarroi les médecins et les autorités sanitaires. C’est en 1983 qu’un groupe d’experts de l’OMS va définir le Syndrome des bâtiments malsains ou « <em>sick building syndrome</em> ». Il est décrit comme une association de symptômes atypiques, bénins et variés qui ne sont pas spécifiques à un agent pathogène identifié mais qui sont étroitement reliés à un lieu, un bâtiment, touchant une partie de la collectivité y séjournant et dont l’étiologie reste souvent mystérieuse, aucune cause spécifique ou organique n’étant retrouvée. Il est ainsi différent du concept des maladies liées à la construction (<em>building-related illnesses</em>) où les symptômes sont imputables à une cause identifiée et spécifique (par exemple, infection à <em>Legionella</em>). À la notion de pollution de l’air intérieur généralement retenue, se sont rajoutées plus récemment des variables psychologiques individuelles (anxiété, dépression, hypochondrie), ainsi que le stress professionnel fréquemment associés aux symptômes rapportés dans ces bâtiments. Ainsi, un syndrome psychogène va se propager par mimétisme et s’amplifier en prenant un profil épidémiologique épidémique. L’intervention des services d’urgence et des médias concoure à amplifier le phénomène en « validant » l’existence d’une situation à risque pour leur santé. De fait, seules les explications environnementales paraîtront acceptables aux personnes symptomatiques. L’examen médical du patient reste primordial. Il peut permettre d’identifier une étiologie, telle une allergie, ou de découvrir l’existence d’une maladie méconnue du patient. Les facteurs psychosociologiques et organisationnels devront être recherchés (isolement, stress psychique, faible reconnaissance professionnelle). Quand on a écarté la présence d’une pathologie organique chez le patient, il est temps de procéder à une évaluation méthodique du bâtiment à la recherche d’une étiologie corrigeable et à s’intéresser à la qualité de l’air intérieur. Différents paramètres physiques (température, humidité, renouvellement d’air) et chimiques (COV, biocides, parfum, revêtements des sols) devront être étudiés. Ces investigations peuvent avoir un coût important (mais l’absentéisme aussi). Au final, si le diagnostic de syndrome des bâtiments malsains était retenu, le plus difficile pour le praticien sera de rendre les résultats au collectif, notamment quand il ne peut pas y apporter une solution et en particulier quand le syndrome des bâtiments malsains apparaît dans des locaux conformes aux normes et aux réglementations en vigueur.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Page S97"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002227","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Avant les années 70, ce concept ne semble pas exister. La modernisation des milieux de travail observée à partir des années 70 est possiblement à l’origine de l’émergence de ces épidémies de symptômes inexpliqués qui ont pour effet de plonger dans le désarroi les médecins et les autorités sanitaires. C’est en 1983 qu’un groupe d’experts de l’OMS va définir le Syndrome des bâtiments malsains ou « sick building syndrome ». Il est décrit comme une association de symptômes atypiques, bénins et variés qui ne sont pas spécifiques à un agent pathogène identifié mais qui sont étroitement reliés à un lieu, un bâtiment, touchant une partie de la collectivité y séjournant et dont l’étiologie reste souvent mystérieuse, aucune cause spécifique ou organique n’étant retrouvée. Il est ainsi différent du concept des maladies liées à la construction (building-related illnesses) où les symptômes sont imputables à une cause identifiée et spécifique (par exemple, infection à Legionella). À la notion de pollution de l’air intérieur généralement retenue, se sont rajoutées plus récemment des variables psychologiques individuelles (anxiété, dépression, hypochondrie), ainsi que le stress professionnel fréquemment associés aux symptômes rapportés dans ces bâtiments. Ainsi, un syndrome psychogène va se propager par mimétisme et s’amplifier en prenant un profil épidémiologique épidémique. L’intervention des services d’urgence et des médias concoure à amplifier le phénomène en « validant » l’existence d’une situation à risque pour leur santé. De fait, seules les explications environnementales paraîtront acceptables aux personnes symptomatiques. L’examen médical du patient reste primordial. Il peut permettre d’identifier une étiologie, telle une allergie, ou de découvrir l’existence d’une maladie méconnue du patient. Les facteurs psychosociologiques et organisationnels devront être recherchés (isolement, stress psychique, faible reconnaissance professionnelle). Quand on a écarté la présence d’une pathologie organique chez le patient, il est temps de procéder à une évaluation méthodique du bâtiment à la recherche d’une étiologie corrigeable et à s’intéresser à la qualité de l’air intérieur. Différents paramètres physiques (température, humidité, renouvellement d’air) et chimiques (COV, biocides, parfum, revêtements des sols) devront être étudiés. Ces investigations peuvent avoir un coût important (mais l’absentéisme aussi). Au final, si le diagnostic de syndrome des bâtiments malsains était retenu, le plus difficile pour le praticien sera de rendre les résultats au collectif, notamment quand il ne peut pas y apporter une solution et en particulier quand le syndrome des bâtiments malsains apparaît dans des locaux conformes aux normes et aux réglementations en vigueur.