Intoxications aux raticides anticoagulants en France : une étude rétrospective observationnelle à partir des données des centres antipoison français. Proposition d’un protocole de prise en charge
{"title":"Intoxications aux raticides anticoagulants en France : une étude rétrospective observationnelle à partir des données des centres antipoison français. Proposition d’un protocole de prise en charge","authors":"H. Brunet , C. Paradis , C. Bragança , M. Labadie","doi":"10.1016/j.toxac.2025.09.033","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectifs</h3><div>Apparus dans les années 70, les raticides anticoagulants de longue durée d’action sont présents dans la plupart des foyers. Dérivés de la warfarine, ce sont de puissants anticoagulants de type antivitamine K avec de longues demi-vies <span><span>[1]</span></span>. La Vitamine K (VK) en est l’antidote. En France, il n’existe actuellement aucune donnée épidémiologique recensant ces expositions et aucune prise en charge harmonisée en cas d’ingestion. L’objectif de cette étude est de décrire les cas d’intoxication par les raticides anticoagulants enregistrés dans les centres antipoison français et de proposer un protocole national de prise en charge.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Il s’agit d’une étude multicentrique rétrospective observationnelle analysant les appels reçus par les 8 centres antipoison français concernant les ingestions de raticides anticoagulants, sur la période du 1<sup>er</sup> janvier 2019 au 31 décembre 2023. Les paramètres étudiés ont été : circonstances de l’intoxication, âge, dose supposée ingérée, nature de l’agent en cause, signes cliniques et biologiques, dont le taux de prothrombine (TP), traitement entrepris, évolution, gravité (évaluée selon le Poisoning Severity Score (PSS) et séquelles éventuelles. Les données ont été enregistrées sur un fichier Excel, et des tests statistiques de Chi-2 et de Fischer ont été utilisés.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Un total de1217 dossiers ont été inclus. On observe 72,9 % d’exposition accidentelle principalement chez des enfants, et 26,1 % tentatives de suicide surtout chez l’adulte. Il s’agit d’un raticide sous forme faiblement concentrée qui est ingéré dans 92 % des cas. 32 % des doses supposée ingérées (DSI) ont pu être quantifiée, avec une médiane de 0,004<!--> <!-->mg/kg pour les expositions accidentelles et 0,015<!--> <!-->mg/kg pour les tentatives de suicides. 1,8 % des exposés ont présenté un TP<!--> <!-->≤<!--> <!-->60 % ; parmi eux, 36 % ont présenté des symptômes hémorragiques (hématurie, épistaxis, rectorragie, hématome, autres saignements cutanéomuqueux…) ; chez ces patients, la DSI était évaluable dans 22,7 % des cas et supérieure aux médianes des autres expositions ; les traitements antidotiques suivants ont été administrés : VK IV dans 32 % des cas, VK PO 100 %, PPSB 23 %. Certains patients ont été suivis 2<!--> <!-->jours, d’autres plusieurs semaines. Le suivi biologique le plus long à été de 212<!--> <!-->jours. Les cas étaient pour la plupart de gravité faible ou nulle, PSS 0 ou 1, avec seulement 32 cas de gravité moyenne PSS2, et 17 cas de gravité forte PSS3. L’évolution est le plus souvent favorable lorsqu’elle est connue (53 %), il n’y a ni décès, ni séquelle imputable aux intoxications par ces raticides.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>La plupart des cas d’expositions étaient bénins, ne nécessitant pas de prise en charge spécifique, notamment chez l’enfant. En cas de prise en charge suivant l’ingestion, l’administration de charbon activé 1<!--> <!-->g/kg per os peut être utile en diminuant l’absorption. Pour les cas symptomatiques, les prises en charge étaient hétérogènes. Nous proposons un protocole se basant sur les données de la littérature ainsi que les observations de notre étude. Il repose dans un premier temps sur le contrôle rapide de la coagulopathie via l’antagonisation par la VK à bonne dose et l’administration de facteurs de coagulation (PPSB). Dans un second temps, sur le suivi clinique et biologique en raison de la très longue durée d’action de ces raticides, avec l’administration de VK PO dont la durée dépend des contrôles du TP, initialement toutes les 6<!--> <!-->h jusqu’à l’augmentation du TP, puis toutes les 24<!--> <!-->heures jusqu’à l’obtention d’un TP<!--> <!-->≥<!--> <!-->60 %, puis 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’arrêt définitif de la VK (si TP stable après 48<!--> <!-->h d’arrêt de VK). Nous proposons également une place pour la prescription de phénobarbital et de la cholestyramine lorsque le traitement doit être très prolongé.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 3","pages":"Pages S99-S100"},"PeriodicalIF":2.2000,"publicationDate":"2025-11-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825002264","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2025/10/25 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectifs
Apparus dans les années 70, les raticides anticoagulants de longue durée d’action sont présents dans la plupart des foyers. Dérivés de la warfarine, ce sont de puissants anticoagulants de type antivitamine K avec de longues demi-vies [1]. La Vitamine K (VK) en est l’antidote. En France, il n’existe actuellement aucune donnée épidémiologique recensant ces expositions et aucune prise en charge harmonisée en cas d’ingestion. L’objectif de cette étude est de décrire les cas d’intoxication par les raticides anticoagulants enregistrés dans les centres antipoison français et de proposer un protocole national de prise en charge.
Méthode
Il s’agit d’une étude multicentrique rétrospective observationnelle analysant les appels reçus par les 8 centres antipoison français concernant les ingestions de raticides anticoagulants, sur la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2023. Les paramètres étudiés ont été : circonstances de l’intoxication, âge, dose supposée ingérée, nature de l’agent en cause, signes cliniques et biologiques, dont le taux de prothrombine (TP), traitement entrepris, évolution, gravité (évaluée selon le Poisoning Severity Score (PSS) et séquelles éventuelles. Les données ont été enregistrées sur un fichier Excel, et des tests statistiques de Chi-2 et de Fischer ont été utilisés.
Résultats
Un total de1217 dossiers ont été inclus. On observe 72,9 % d’exposition accidentelle principalement chez des enfants, et 26,1 % tentatives de suicide surtout chez l’adulte. Il s’agit d’un raticide sous forme faiblement concentrée qui est ingéré dans 92 % des cas. 32 % des doses supposée ingérées (DSI) ont pu être quantifiée, avec une médiane de 0,004 mg/kg pour les expositions accidentelles et 0,015 mg/kg pour les tentatives de suicides. 1,8 % des exposés ont présenté un TP ≤ 60 % ; parmi eux, 36 % ont présenté des symptômes hémorragiques (hématurie, épistaxis, rectorragie, hématome, autres saignements cutanéomuqueux…) ; chez ces patients, la DSI était évaluable dans 22,7 % des cas et supérieure aux médianes des autres expositions ; les traitements antidotiques suivants ont été administrés : VK IV dans 32 % des cas, VK PO 100 %, PPSB 23 %. Certains patients ont été suivis 2 jours, d’autres plusieurs semaines. Le suivi biologique le plus long à été de 212 jours. Les cas étaient pour la plupart de gravité faible ou nulle, PSS 0 ou 1, avec seulement 32 cas de gravité moyenne PSS2, et 17 cas de gravité forte PSS3. L’évolution est le plus souvent favorable lorsqu’elle est connue (53 %), il n’y a ni décès, ni séquelle imputable aux intoxications par ces raticides.
Conclusion
La plupart des cas d’expositions étaient bénins, ne nécessitant pas de prise en charge spécifique, notamment chez l’enfant. En cas de prise en charge suivant l’ingestion, l’administration de charbon activé 1 g/kg per os peut être utile en diminuant l’absorption. Pour les cas symptomatiques, les prises en charge étaient hétérogènes. Nous proposons un protocole se basant sur les données de la littérature ainsi que les observations de notre étude. Il repose dans un premier temps sur le contrôle rapide de la coagulopathie via l’antagonisation par la VK à bonne dose et l’administration de facteurs de coagulation (PPSB). Dans un second temps, sur le suivi clinique et biologique en raison de la très longue durée d’action de ces raticides, avec l’administration de VK PO dont la durée dépend des contrôles du TP, initialement toutes les 6 h jusqu’à l’augmentation du TP, puis toutes les 24 heures jusqu’à l’obtention d’un TP ≥ 60 %, puis 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’arrêt définitif de la VK (si TP stable après 48 h d’arrêt de VK). Nous proposons également une place pour la prescription de phénobarbital et de la cholestyramine lorsque le traitement doit être très prolongé.