{"title":"Décès en lien avec la vortioxétine ?","authors":"Bénédicte Lelievre , Donca Zabet , Ralph Iwaz , Stéphane Malbranque , Nathale Jousset","doi":"10.1016/j.toxac.2025.01.072","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectifs</h3><div>La vortioxétine est un antidépresseur avec un mécanisme d’action original ciblant différents récepteurs 5-HT et le transporteur de la sérotonine. Après administration par voie orale, les concentrations maximales de vortioxétine sont atteintes en 7 à 11<!--> <!-->heures et sont comprises entre 9 et 33<!--> <!-->μg/L pour des doses allant de 5 à 20<!--> <!-->mg/j. Elle subit un métabolisme hépatique important (métabolite principal inactif). La demi-vie d’élimination est de 66<!--> <!-->heures. Les concentrations plasmatiques à l’état d’équilibre sont atteintes en 2 semaines et sont généralement inférieures à 40 (voire 70) μg/L. La pharmacocinétique est linéaire et indépendante du temps dans l’intervalle posologique compris entre 2,5 et 60<!--> <!-->mg/j. Pour des cas où les concentrations plasmatiques sont égales à plusieurs fois l’intervalle thérapeutique, des cas de convulsions et de syndrome sérotoninergique ont été décrits.</div><div>Nous rapportons le décès d’une femme de 53<!--> <!-->ans découverte immergée dans une mare sur son exploitation agricole et portant sur le dos un pulvérisateur pouvant contenir du 2,4D et du triclopyr. Son traitement habituel comprenait vortioxétine, olanzapine et alprazolam, en raison d’une dépression ancienne ayant nécessité une hospitalisation de 6 mois peu de temps auparavant.</div><div>Lors de l’autopsie, il est mis en évidence des signes compatibles avec un séjour prolongé dans l’eau (vêtements mouillés, macération des paumes et des plantes) et quelques lésions tégumentaires superficielles non suspectes de l’intervention d’un tiers compte tenu de leur localisation. L’examen interne objective un syndrome asphyxique aspécifique modéré, une hépatomégalie avec un aspect stéatosique et une athéromatose diffuse.</div><div>Méthodes Différents prélèvements (sang cardiaque (SC), sang périphérique (SP), humeur vitrée (HV), liquide gastrique) ont été effectués pour analyses toxicologiques par CL-UV, CL-SM/SM et CG-SM. Une recherche de pesticides a été réalisée par CL-UV et CG-SM. Le dosage sanguin (SC) du strontium a été effectué par ICP-MS.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Les analyses ont mis en évidence la présence d’éthanol (2,8<!--> <!-->g/L dans SP et de 3,2<!--> <!-->g/L dans l’HV), de quinine (traces) et de vortioxétine dans le SP (849,8<!--> <!-->μg/L), le SC (2772<!--> <!-->μg/L), l’HV (12,6<!--> <!-->μg/L) et le liquide gastrique. Les concentrations mesurées sont largement supérieures aux concentrations thérapeutiques. Le ratio des concentrations SC/SP est de 3,26 et celui des concentrations HV/SP est de 0,015. La concentration sanguine de strontium (15,2<!--> <!-->μg/L) est comparable à celles mesurées dans la population générale. L’analyse des diatomées était en faveur d’une « fausse noyade ».</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Mazza et al. ont relaté le cas d’une intoxication aiguë d’un patient de 50<!--> <!-->ans ayant fait une tentative de suicide après avoir ingéré 250<!--> <!-->mg de vortioxétine et 10<!--> <!-->mg de clonazépam. À son admission (5<!--> <!-->h après l’ingestion), la kaliémie était de 4,5<!--> <!-->mM, l’éthanolurie négative et le dépistage urinaire de benzodiazépines positif. Aucun signe clinique n’avait été mis en évidence, l’ECG ne montrait pas d’anomalie. Le patient avait bénéficié d’un lavage gastrique et de l’administration de charbon actif. Le patient n’avait pas présenté de séquelle. La même équipe a rapporté le (seul) cas de décès en rapport avec la prise de vortioxétine. La concentration sanguine (sang fémoral) mesurée était de 1197<!--> <!-->μg/L. Les auteurs ont suggéré une possible cardiotoxicité de la vortioxétine et un risque de décès pour des concentrations sanguines égales ou supérieures à 1000<!--> <!-->μg/L.</div><div>Dans le cas présenté, la concentration sanguine est inférieure à celle rapportée par l’équipe Italienne, mais reste plus de 12 fois supérieure à la concentration thérapeutique. L’association de la vortioxétine à l’éthanol a pu contribuer à la survenue du décès. On pourrait poser l’hypothèse d’un possible trouble aigu du rythme cardiaque dans un contexte de stress (immersion du corps).</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 1","pages":"Page S47"},"PeriodicalIF":1.8000,"publicationDate":"2025-03-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825000721","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectifs
La vortioxétine est un antidépresseur avec un mécanisme d’action original ciblant différents récepteurs 5-HT et le transporteur de la sérotonine. Après administration par voie orale, les concentrations maximales de vortioxétine sont atteintes en 7 à 11 heures et sont comprises entre 9 et 33 μg/L pour des doses allant de 5 à 20 mg/j. Elle subit un métabolisme hépatique important (métabolite principal inactif). La demi-vie d’élimination est de 66 heures. Les concentrations plasmatiques à l’état d’équilibre sont atteintes en 2 semaines et sont généralement inférieures à 40 (voire 70) μg/L. La pharmacocinétique est linéaire et indépendante du temps dans l’intervalle posologique compris entre 2,5 et 60 mg/j. Pour des cas où les concentrations plasmatiques sont égales à plusieurs fois l’intervalle thérapeutique, des cas de convulsions et de syndrome sérotoninergique ont été décrits.
Nous rapportons le décès d’une femme de 53 ans découverte immergée dans une mare sur son exploitation agricole et portant sur le dos un pulvérisateur pouvant contenir du 2,4D et du triclopyr. Son traitement habituel comprenait vortioxétine, olanzapine et alprazolam, en raison d’une dépression ancienne ayant nécessité une hospitalisation de 6 mois peu de temps auparavant.
Lors de l’autopsie, il est mis en évidence des signes compatibles avec un séjour prolongé dans l’eau (vêtements mouillés, macération des paumes et des plantes) et quelques lésions tégumentaires superficielles non suspectes de l’intervention d’un tiers compte tenu de leur localisation. L’examen interne objective un syndrome asphyxique aspécifique modéré, une hépatomégalie avec un aspect stéatosique et une athéromatose diffuse.
Méthodes Différents prélèvements (sang cardiaque (SC), sang périphérique (SP), humeur vitrée (HV), liquide gastrique) ont été effectués pour analyses toxicologiques par CL-UV, CL-SM/SM et CG-SM. Une recherche de pesticides a été réalisée par CL-UV et CG-SM. Le dosage sanguin (SC) du strontium a été effectué par ICP-MS.
Résultats
Les analyses ont mis en évidence la présence d’éthanol (2,8 g/L dans SP et de 3,2 g/L dans l’HV), de quinine (traces) et de vortioxétine dans le SP (849,8 μg/L), le SC (2772 μg/L), l’HV (12,6 μg/L) et le liquide gastrique. Les concentrations mesurées sont largement supérieures aux concentrations thérapeutiques. Le ratio des concentrations SC/SP est de 3,26 et celui des concentrations HV/SP est de 0,015. La concentration sanguine de strontium (15,2 μg/L) est comparable à celles mesurées dans la population générale. L’analyse des diatomées était en faveur d’une « fausse noyade ».
Conclusion
Mazza et al. ont relaté le cas d’une intoxication aiguë d’un patient de 50 ans ayant fait une tentative de suicide après avoir ingéré 250 mg de vortioxétine et 10 mg de clonazépam. À son admission (5 h après l’ingestion), la kaliémie était de 4,5 mM, l’éthanolurie négative et le dépistage urinaire de benzodiazépines positif. Aucun signe clinique n’avait été mis en évidence, l’ECG ne montrait pas d’anomalie. Le patient avait bénéficié d’un lavage gastrique et de l’administration de charbon actif. Le patient n’avait pas présenté de séquelle. La même équipe a rapporté le (seul) cas de décès en rapport avec la prise de vortioxétine. La concentration sanguine (sang fémoral) mesurée était de 1197 μg/L. Les auteurs ont suggéré une possible cardiotoxicité de la vortioxétine et un risque de décès pour des concentrations sanguines égales ou supérieures à 1000 μg/L.
Dans le cas présenté, la concentration sanguine est inférieure à celle rapportée par l’équipe Italienne, mais reste plus de 12 fois supérieure à la concentration thérapeutique. L’association de la vortioxétine à l’éthanol a pu contribuer à la survenue du décès. On pourrait poser l’hypothèse d’un possible trouble aigu du rythme cardiaque dans un contexte de stress (immersion du corps).