Alice Ameline, Laurie Gheddar, Nadia Arbouche, Pascal Kintz
{"title":"La soumission chimique en dehors des agressions sexuelles","authors":"Alice Ameline, Laurie Gheddar, Nadia Arbouche, Pascal Kintz","doi":"10.1016/j.toxac.2025.01.039","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectifs</h3><div>Discuter différents contextes de soumission chimique hors agressions sexuelles et présenter des cas judiciarisés, essentiellement devant un tribunal correctionnel.</div></div><div><h3>Méthodes</h3><div>Au laboratoire de toxicologie de l’IML de Strasbourg, l’approche analytique consiste à analyser des prélèvements sanguins et urinaires, collectés le plus rapidement possible après les faits, ainsi que des cheveux lorsque cela est possible. Une méthode dédiée, suivant les recommandations de la SFTA, a été développée en chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem. Les mêmes extraits sont également analysés en spectrométrie de masse haute résolution afin de compléter le panel des molécules recherchées. Au cours des 8 dernières années, de nombreuses affaires de soumission chimique ont été investiguées au laboratoire. Les cas les plus marquants, hors agression sexuelle, ont été extraits, incluant vol, maltraitance aux agents chimiques, violence physique, séquestration, etc.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Cas (1) un homme de 41 ans, en voyage au Panama, est drogué, kidnappé et volé sous l’influence d’une substance l’ayant fait perdre la mémoire et entraînée de sévères maux de tête et une vision floue. L’analyse de ses cheveux a permis l’identification de scopolamine à 15 pg/mg dans le segment correspondant à la période des faits. Cas (2) un joueur de tennis de 25 ans est décédé dans un accident de voiture, dont il aurait perdu le contrôle, quelques heures après une compétition dans laquelle il a déclaré forfait suite à une perte d’équilibre et un épuisement. Les analyses toxicologiques ont mis en évidence la présence de lorazépam dans son sang. Le père de son adversaire a avoué avoir mis un comprimé de lorazépam dans la bouteille d’eau du joueur, afin de faciliter la victoire de son fils. Il a également été reconnu coupable de soumission chimique à l’encontre de plusieurs adversaires de ses deux enfants au cours des 3 années précédentes. Cas (3) une enfant de 3 ans est admise aux urgences pour incoordination motrice et élocution difficile, repérés par l’infirmière scolaire. L’examen clinique est sans particularité, mais l’analyse de ses cheveux met en évidence la présence d’alprazolam à 482 pg/mg. La mère de l’enfant a reconnu donner de temps en temps de l’alprazolam à sa fille un peu « turbulente » pour la calmer. On parle alors d’enfant chimiquement battu. Cas (4) un homme de 56 ans est pris en charge aux urgences pour des difficultés respiratoires et une incoordination motrice. L’homme aurait mangé une soupe et bu trois verres de vin lors du dernier repas, servis par son épouse. Le criblage toxicologique a mis en évidence la présence de lévomépromazine à 82 ng/mL, associée à une alcoolémie à 0,51 g/L. Son épouse a reconnu avoir drogué son mari afin de « calmer ses ardeurs nocturnes ».</div></div><div><h3>Discussion</h3><div>À l’instar des produits utilisés dans le cas des agressions sexuelles, les substances sédatives et euphorisantes entactogènes sont également utilisées dans les autres contextes. Les benzodiazépines, les antihistaminiques, les neuroleptiques et l’ecstasy sont les substances les plus fréquemment identifiées. Les molécules à fort tropisme amnésiant sont moins retrouvées, puisque cet effet n’est pas recherché lors d’un vol ou dans le cas d’une enfant chimiquement battu.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Ces cas illustrent bien le large spectre de la soumission chimique qui n’a pas de limite. Tous les contextes et tous les produits peuvent être envisagés. Ce phénomène est très compliqué à quantifier puisqu’il est admis que les cas de soumission chimique sont sous-déclarés par peur ou parfois honte des victimes.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 1","pages":"Page S28"},"PeriodicalIF":1.8000,"publicationDate":"2025-03-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825000393","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectifs
Discuter différents contextes de soumission chimique hors agressions sexuelles et présenter des cas judiciarisés, essentiellement devant un tribunal correctionnel.
Méthodes
Au laboratoire de toxicologie de l’IML de Strasbourg, l’approche analytique consiste à analyser des prélèvements sanguins et urinaires, collectés le plus rapidement possible après les faits, ainsi que des cheveux lorsque cela est possible. Une méthode dédiée, suivant les recommandations de la SFTA, a été développée en chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem. Les mêmes extraits sont également analysés en spectrométrie de masse haute résolution afin de compléter le panel des molécules recherchées. Au cours des 8 dernières années, de nombreuses affaires de soumission chimique ont été investiguées au laboratoire. Les cas les plus marquants, hors agression sexuelle, ont été extraits, incluant vol, maltraitance aux agents chimiques, violence physique, séquestration, etc.
Résultats
Cas (1) un homme de 41 ans, en voyage au Panama, est drogué, kidnappé et volé sous l’influence d’une substance l’ayant fait perdre la mémoire et entraînée de sévères maux de tête et une vision floue. L’analyse de ses cheveux a permis l’identification de scopolamine à 15 pg/mg dans le segment correspondant à la période des faits. Cas (2) un joueur de tennis de 25 ans est décédé dans un accident de voiture, dont il aurait perdu le contrôle, quelques heures après une compétition dans laquelle il a déclaré forfait suite à une perte d’équilibre et un épuisement. Les analyses toxicologiques ont mis en évidence la présence de lorazépam dans son sang. Le père de son adversaire a avoué avoir mis un comprimé de lorazépam dans la bouteille d’eau du joueur, afin de faciliter la victoire de son fils. Il a également été reconnu coupable de soumission chimique à l’encontre de plusieurs adversaires de ses deux enfants au cours des 3 années précédentes. Cas (3) une enfant de 3 ans est admise aux urgences pour incoordination motrice et élocution difficile, repérés par l’infirmière scolaire. L’examen clinique est sans particularité, mais l’analyse de ses cheveux met en évidence la présence d’alprazolam à 482 pg/mg. La mère de l’enfant a reconnu donner de temps en temps de l’alprazolam à sa fille un peu « turbulente » pour la calmer. On parle alors d’enfant chimiquement battu. Cas (4) un homme de 56 ans est pris en charge aux urgences pour des difficultés respiratoires et une incoordination motrice. L’homme aurait mangé une soupe et bu trois verres de vin lors du dernier repas, servis par son épouse. Le criblage toxicologique a mis en évidence la présence de lévomépromazine à 82 ng/mL, associée à une alcoolémie à 0,51 g/L. Son épouse a reconnu avoir drogué son mari afin de « calmer ses ardeurs nocturnes ».
Discussion
À l’instar des produits utilisés dans le cas des agressions sexuelles, les substances sédatives et euphorisantes entactogènes sont également utilisées dans les autres contextes. Les benzodiazépines, les antihistaminiques, les neuroleptiques et l’ecstasy sont les substances les plus fréquemment identifiées. Les molécules à fort tropisme amnésiant sont moins retrouvées, puisque cet effet n’est pas recherché lors d’un vol ou dans le cas d’une enfant chimiquement battu.
Conclusion
Ces cas illustrent bien le large spectre de la soumission chimique qui n’a pas de limite. Tous les contextes et tous les produits peuvent être envisagés. Ce phénomène est très compliqué à quantifier puisqu’il est admis que les cas de soumission chimique sont sous-déclarés par peur ou parfois honte des victimes.