Anne Batisse , Céline Eiden , Clémence Lacroix , Joelle Micallef , Nathalie Fouilhe , Fan Le Réseau Des Centres D’Addictovigilance
{"title":"NPS : données actualisées des dispositifs d’addictovigilance","authors":"Anne Batisse , Céline Eiden , Clémence Lacroix , Joelle Micallef , Nathalie Fouilhe , Fan Le Réseau Des Centres D’Addictovigilance","doi":"10.1016/j.toxac.2025.01.078","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectifs</h3><div>La connaissance des « nouvelles drogues de synthèse » (NPS) passe par les nécessaires étapes de détection, documentation, surveillance et synthèse afin de prévenir au mieux les risques sur le terrain et d’établir des prévisions. En France, ces molécules sont surveillées par le réseau d’addictovigilance et une première évaluation réalisée en 2020 avait montré une diffusion des NPS à la fois pour mimer les drogues illicites, mais aussi comme drogues mimant les médicaments psychoactifs [Batisse A, et al. Neurotoxicology. 2020; 79:20–24]. L’objectif est la mise à jour des données d’addictovigilance concernant les NPS.</div></div><div><h3>Méthodes</h3><div>Extraction et analyse des données issues des centres d’addictovigilance à travers les outils pharmacoépidémiologiques suivants : Notifications spontanées (NotS), OPPIDUM, DRAMES.</div></div><div><h3>Results</h3><div>Une augmentation du nombre de NotS est observée avec un nombre de cas de complications en lien avec les NPS qui double en 4<!--> <!-->ans (2020–2023), pour atteindre 604 cas en 2023. Comme chaque année, le top 3 des familles de substances se partage entre les cathinones de synthèse (1), les cannabinoïdes de synthèse (2) et les dissociatifs (3). À partir de 2023, la famille des cannabinoïdes prend de plus en plus d’importance avec l’arrivée des dérivés d’hémisynthèse (HHC, THCP...). La problématique des cannabinoïdes est multiforme puisque ceux-ci se retrouvent à la fois dans les E-liquides, comme produits de coupe des drogues illicites (cannabis, héroïne) ou comme substance endémique (la chimique dans l’océan indien), tandis que l’usage des cathinones de synthèse semble se diffuser en dehors de la pratique du chemsex. Dans le programme OPPIDUM, 431 sujets ont été inclus sur 8<!--> <!-->ans (2016 à 2023). On observe une augmentation des usagers consommateurs de NPS passant de 17 (0,3 %) sujets en 2016 à 92 (1,7 %) en 2023. Les usagers sont majoritairement des hommes (92,5 %), d’âge médian 36<!--> <!-->ans [28-44], polyconsommateurs dans 76,3 % des cas. 83 % des usagers de NPS déclarent consommer des cathinones et pour 10 % d’entre eux la 3-MMC était le premier produit illicite consommé (vs 3 % au niveau national). Pour 37 % d’entre eux, c’est la famille NPS-cathinone qui les a rendus dépendants (principalement la 3-MMC). L’usage est décrit par voie IV pour 51 % (vs 9 %), nasale 54 % (vs 26 %). Une dépendance alcoolique est associée dans 18,5 % (vs 30 %) et les sujets déclarent une substitution aux opioïdes dans 16 % des cas (vs 66 %). Dans le programme DRAMES, 108 décès (134 NPS mentionnées) ont été inclus sur 10<!--> <!-->ans (2012 à 2022). On observe une augmentation des décès d’usagers de NPS passant de 3 cas en 2012 vs 14 en 2022. Les usagers sont majoritairement des hommes (95 %), d’âge médian 38<!--> <!-->ans [32-50] avec une surreprésentation des NPS stimulants (81 % des décès NPS (88/108).</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>Plusieurs phénomènes marquants sont à noter : l’expansion des NPS, quel que soit le dispositif de surveillance d’addictovigilance, et plus particulièrement de la famille NPS-stimulant ; l’apparition/disparition rapide des molécules dans une classe, les risques de décès en particulier dans des populations d’usage à risque (IV, polyconsommateurs) et le mélange des NPS avec les drogues illicites traditionnelles.</div><div>Cette nouvelle évaluation a mis en évidence une diffusion de l’usage des NPS et une augmentation des complications en lien, avec une diversification des classes impliquées. Ces données ont permis d’actualiser le guide national réalisé sous l’impulsion de la MILDECA en collaboration avec l’ANSM, l’OFDT sous la direction du Pr Karila, et de le décliner sous forme d’application pour smartphone sous le nom “NPS Psychoactifs” [Polomeni P, et al. Médecine. 2024; 20: 108–14]. La poursuite de la surveillance est recommandée avec une attention particulière à documenter analytiquement les cas dans un esprit de collaboration inconditionnelle.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 1","pages":"Page S51"},"PeriodicalIF":1.8000,"publicationDate":"2025-03-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825000782","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectifs
La connaissance des « nouvelles drogues de synthèse » (NPS) passe par les nécessaires étapes de détection, documentation, surveillance et synthèse afin de prévenir au mieux les risques sur le terrain et d’établir des prévisions. En France, ces molécules sont surveillées par le réseau d’addictovigilance et une première évaluation réalisée en 2020 avait montré une diffusion des NPS à la fois pour mimer les drogues illicites, mais aussi comme drogues mimant les médicaments psychoactifs [Batisse A, et al. Neurotoxicology. 2020; 79:20–24]. L’objectif est la mise à jour des données d’addictovigilance concernant les NPS.
Méthodes
Extraction et analyse des données issues des centres d’addictovigilance à travers les outils pharmacoépidémiologiques suivants : Notifications spontanées (NotS), OPPIDUM, DRAMES.
Results
Une augmentation du nombre de NotS est observée avec un nombre de cas de complications en lien avec les NPS qui double en 4 ans (2020–2023), pour atteindre 604 cas en 2023. Comme chaque année, le top 3 des familles de substances se partage entre les cathinones de synthèse (1), les cannabinoïdes de synthèse (2) et les dissociatifs (3). À partir de 2023, la famille des cannabinoïdes prend de plus en plus d’importance avec l’arrivée des dérivés d’hémisynthèse (HHC, THCP...). La problématique des cannabinoïdes est multiforme puisque ceux-ci se retrouvent à la fois dans les E-liquides, comme produits de coupe des drogues illicites (cannabis, héroïne) ou comme substance endémique (la chimique dans l’océan indien), tandis que l’usage des cathinones de synthèse semble se diffuser en dehors de la pratique du chemsex. Dans le programme OPPIDUM, 431 sujets ont été inclus sur 8 ans (2016 à 2023). On observe une augmentation des usagers consommateurs de NPS passant de 17 (0,3 %) sujets en 2016 à 92 (1,7 %) en 2023. Les usagers sont majoritairement des hommes (92,5 %), d’âge médian 36 ans [28-44], polyconsommateurs dans 76,3 % des cas. 83 % des usagers de NPS déclarent consommer des cathinones et pour 10 % d’entre eux la 3-MMC était le premier produit illicite consommé (vs 3 % au niveau national). Pour 37 % d’entre eux, c’est la famille NPS-cathinone qui les a rendus dépendants (principalement la 3-MMC). L’usage est décrit par voie IV pour 51 % (vs 9 %), nasale 54 % (vs 26 %). Une dépendance alcoolique est associée dans 18,5 % (vs 30 %) et les sujets déclarent une substitution aux opioïdes dans 16 % des cas (vs 66 %). Dans le programme DRAMES, 108 décès (134 NPS mentionnées) ont été inclus sur 10 ans (2012 à 2022). On observe une augmentation des décès d’usagers de NPS passant de 3 cas en 2012 vs 14 en 2022. Les usagers sont majoritairement des hommes (95 %), d’âge médian 38 ans [32-50] avec une surreprésentation des NPS stimulants (81 % des décès NPS (88/108).
Conclusion
Plusieurs phénomènes marquants sont à noter : l’expansion des NPS, quel que soit le dispositif de surveillance d’addictovigilance, et plus particulièrement de la famille NPS-stimulant ; l’apparition/disparition rapide des molécules dans une classe, les risques de décès en particulier dans des populations d’usage à risque (IV, polyconsommateurs) et le mélange des NPS avec les drogues illicites traditionnelles.
Cette nouvelle évaluation a mis en évidence une diffusion de l’usage des NPS et une augmentation des complications en lien, avec une diversification des classes impliquées. Ces données ont permis d’actualiser le guide national réalisé sous l’impulsion de la MILDECA en collaboration avec l’ANSM, l’OFDT sous la direction du Pr Karila, et de le décliner sous forme d’application pour smartphone sous le nom “NPS Psychoactifs” [Polomeni P, et al. Médecine. 2024; 20: 108–14]. La poursuite de la surveillance est recommandée avec une attention particulière à documenter analytiquement les cas dans un esprit de collaboration inconditionnelle.