Panorama de consommations de substances psychoactives dans une population de patients co-infectés VIH-VHC (2006–2021) : résultats toxicologiques de l’étude ELICSIR
{"title":"Panorama de consommations de substances psychoactives dans une population de patients co-infectés VIH-VHC (2006–2021) : résultats toxicologiques de l’étude ELICSIR","authors":"Alexandr Gish , Camille Richeval , Florian Hakim , Camelia Protopopescu , Tangui Barré , Delphine Allorge , Patrizia Carieri , Jean-Michel Gaulier","doi":"10.1016/j.toxac.2025.01.045","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Objectif</h3><div>Les patients atteints d’une infection chronique par le virus de l’hépatite C (VHC) présentent un risque élevé de résistance à l’insuline (RI), qui contribue à l’apparition du diabète, de maladies cardiovasculaires, de la stéatose hépatique et de la fibrose hépatique avancée. La co-infection par le VIH et le mode de vie peuvent également affecter l’évolution des complications liées au VHC, même après la guérison du VHC. Des études récentes chez des patients co-infectés VIH-VHC ont montré que la consommation de cannabis pourrait être associée à une moindre mortalité liée au VHC, et à une réduction du risque de stéatose hépatique et de RI, probablement en réduisant la dérégulation du système endocannabinoïde. Le projet ELICSIR a pour objectif d’étudier la relation entre cannabinoïdes sériques et RI chez les personnes co-infectées VIH-VHC avant et après la guérison du VHC, à partir de données et échantillons de la cohorte ANRS CO13 HEPAVIH. Un des objectifs secondaires du projet est d’étudier les habitudes de consommation de substances psychoactives (SPA) dans cette population. Nous présentons ici ces résultats analytiques.</div></div><div><h3>Méthode</h3><div>Au total, 518 prélèvements sanguins (513 plasmas et 5 sérums) prélevés entre 2006 et 2021, correspondant à 270 patients, ont été analysés en double aveugle. La recherche et le dosage de phytocannabinoïdes, de produits stupéfiants et leurs métabolites, d’éthylglucuronide (ETGS), de médicaments psychoactifs, de nouvelles substances psychoactives (NPS, incluant les cannabinoïdes de synthèse [SCRAs]), et le criblage large non ciblé de xénobiotiques, ont été réalisés par les méthodes dédiées en CL-SM/SM et CL-SMHR.</div></div><div><h3>Résultats</h3><div>Des phytocannaboïdes et/ou leurs métabolites ont été détectés dans 145/518 échantillons (THC et métabolites [<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->135], THC-COOH seul [<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->6]). Une concentration en THC-COOH supérieure à 50 μg/L a été retrouvée dans 29 des prélèvements positifs. Une concentration en ETGS > 45 μg/L a été retrouvée dans 36 échantillons. Des opiacés ont été mis en évidence dans 25 échantillons (codéine [<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->10], morphine [<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->2], codéine/morphine [<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->9] et 6-MAM/morphine/codéine [<em>n</em> <!-->=<!--> <!-->4]). La présence de cocaïne et/ou de ses métabolites a été retrouvée dans 13 échantillons, et celle de MDMA et MDA dans un échantillon. Six échantillons ont été positifs aux NPS. Des benzodiazépines ont été mises en évidence dans 121 échantillons, des antipsychotiques dans 41 échantillons et des antidépresseurs dans 64 échantillons. Enfin, 325 échantillons ont révélé la présence de nicotine et/ou de cotinine.</div></div><div><h3>Conclusion</h3><div>La proportion des prélèvements positifs au cannabis dans l’étude était de 28 %, correspondant à 86/270 participants (31 %). Trois SCRAs (5F-PB22, UR-144 et RCS-4), 4 cathinones de synthèse (méthylone, éphylone, x-MMC et 4-MEC) et une arylcyclohexylamine (MXE) ont été mis en évidence. Les années de détection de ces substances dans notre étude sont en cohérence avec les dates d’identification sur le territoire européen pour l’ensemble des molécules, sauf pour l’éphylone (détecté ici dans un échantillon de 2012). L’éphylone (N-Ethylpentedrone, NEP) est une cathinone synthétisée dans les années 1960 et mise en évidence pour la première fois sur le marché illégal en Europe en 2016 (et en 2014 aux États-Unis). Le patient positif est un homme de 47 ans, ancien consommateur de drogues par voie injectable, dont les données auto-déclarées rapportent une consommation quotidienne de cannabis et de tabac sans consommation d’autre SPAs.</div><div>Ces résultats analytiques donnent une photographie panoramique sur une quinzaine d’années des consommations de SPA au sein d’une population de patients co-infectés VIH-VHC en France, et complètent les données de la littérature existante.</div></div>","PeriodicalId":23170,"journal":{"name":"Toxicologie Analytique et Clinique","volume":"37 1","pages":"Pages S31-S32"},"PeriodicalIF":1.8000,"publicationDate":"2025-03-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Toxicologie Analytique et Clinique","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352007825000459","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"Q4","JCRName":"TOXICOLOGY","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Objectif
Les patients atteints d’une infection chronique par le virus de l’hépatite C (VHC) présentent un risque élevé de résistance à l’insuline (RI), qui contribue à l’apparition du diabète, de maladies cardiovasculaires, de la stéatose hépatique et de la fibrose hépatique avancée. La co-infection par le VIH et le mode de vie peuvent également affecter l’évolution des complications liées au VHC, même après la guérison du VHC. Des études récentes chez des patients co-infectés VIH-VHC ont montré que la consommation de cannabis pourrait être associée à une moindre mortalité liée au VHC, et à une réduction du risque de stéatose hépatique et de RI, probablement en réduisant la dérégulation du système endocannabinoïde. Le projet ELICSIR a pour objectif d’étudier la relation entre cannabinoïdes sériques et RI chez les personnes co-infectées VIH-VHC avant et après la guérison du VHC, à partir de données et échantillons de la cohorte ANRS CO13 HEPAVIH. Un des objectifs secondaires du projet est d’étudier les habitudes de consommation de substances psychoactives (SPA) dans cette population. Nous présentons ici ces résultats analytiques.
Méthode
Au total, 518 prélèvements sanguins (513 plasmas et 5 sérums) prélevés entre 2006 et 2021, correspondant à 270 patients, ont été analysés en double aveugle. La recherche et le dosage de phytocannabinoïdes, de produits stupéfiants et leurs métabolites, d’éthylglucuronide (ETGS), de médicaments psychoactifs, de nouvelles substances psychoactives (NPS, incluant les cannabinoïdes de synthèse [SCRAs]), et le criblage large non ciblé de xénobiotiques, ont été réalisés par les méthodes dédiées en CL-SM/SM et CL-SMHR.
Résultats
Des phytocannaboïdes et/ou leurs métabolites ont été détectés dans 145/518 échantillons (THC et métabolites [n = 135], THC-COOH seul [n = 6]). Une concentration en THC-COOH supérieure à 50 μg/L a été retrouvée dans 29 des prélèvements positifs. Une concentration en ETGS > 45 μg/L a été retrouvée dans 36 échantillons. Des opiacés ont été mis en évidence dans 25 échantillons (codéine [n = 10], morphine [n = 2], codéine/morphine [n = 9] et 6-MAM/morphine/codéine [n = 4]). La présence de cocaïne et/ou de ses métabolites a été retrouvée dans 13 échantillons, et celle de MDMA et MDA dans un échantillon. Six échantillons ont été positifs aux NPS. Des benzodiazépines ont été mises en évidence dans 121 échantillons, des antipsychotiques dans 41 échantillons et des antidépresseurs dans 64 échantillons. Enfin, 325 échantillons ont révélé la présence de nicotine et/ou de cotinine.
Conclusion
La proportion des prélèvements positifs au cannabis dans l’étude était de 28 %, correspondant à 86/270 participants (31 %). Trois SCRAs (5F-PB22, UR-144 et RCS-4), 4 cathinones de synthèse (méthylone, éphylone, x-MMC et 4-MEC) et une arylcyclohexylamine (MXE) ont été mis en évidence. Les années de détection de ces substances dans notre étude sont en cohérence avec les dates d’identification sur le territoire européen pour l’ensemble des molécules, sauf pour l’éphylone (détecté ici dans un échantillon de 2012). L’éphylone (N-Ethylpentedrone, NEP) est une cathinone synthétisée dans les années 1960 et mise en évidence pour la première fois sur le marché illégal en Europe en 2016 (et en 2014 aux États-Unis). Le patient positif est un homme de 47 ans, ancien consommateur de drogues par voie injectable, dont les données auto-déclarées rapportent une consommation quotidienne de cannabis et de tabac sans consommation d’autre SPAs.
Ces résultats analytiques donnent une photographie panoramique sur une quinzaine d’années des consommations de SPA au sein d’une population de patients co-infectés VIH-VHC en France, et complètent les données de la littérature existante.