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Abstract
Si la science-fiction a popularise le concept du cyborg sur le mode de l’heroisme epique, son histoire litteraire (Cordwainer Smith, Martin Caitlin, Frederik Pohl) montre qu’elle en conteste l’ideal de continuite. Des ses debuts, le space opera dramatise la dissonance intime de la prothese et de la chair, l’instrumentalisation du corps et la perte des limites constitutives de l’individualite. Ces incorporations prothetiques confrontent le cyborg a un sensorium insolite, mais aussi a la part traumatique de l’hybridation : le handicap revient avec insistance en contrepoint tragique du reve d’invulnerabilite, moins pour faire l’objet d’une redemption technologique que comme un refoule des ideologies posthumaines. A travers le leitmotiv du cyborg, la science-fiction met en abyme ses modalites narratives, elles-memes prothetiques, discretes et bourgeonnantes. Les « membres » des nouvelles prepubliees entrent dans des « corps » romanesques qui les subsument. Renouvelant cette narratologie de la concatenation, Eschbach et Bacigalupi elaborent des textes cyborgs ou les limites du tout et des parties, du corps propre et de ses extensions artificielles, deviennent confuses. Dans leurs fictions d’identites hybrides, le moi augmente devient un autre a la fois singulier et partageable.