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Abstract
Le paysage spatial est si prototypique de la SF qu’il est tentant d’en faire un paysage du genre lui-meme. Dans cette hypothese, le paysage n’est pas seulement un cadre diegetique, mais aussi un cadre architextuel. Il renvoie moins a des referents (fussent-ils imaginaires) qu’aux series iconiques d’un genre, celui de la science-fiction. Pourtant, le paysage spatial de la SF se nourrit des representations serieuses de l’astronomie, discipline-phare de la vulgarisation scientifique. On articule ici ces deux hypotheses pour montrer que le paysage spatial temoigne, dans la bande dessinee, de la reconnaissance d’une culture visuelle de genre mais aussi des connaissances d’une science emblematique de la modernite, et de son aventure technologique majeure : la conquete spatiale. En observant tout d’abord comment la signature SF s’est constituee en s’ecartant de la rigueur astronomique, on etablira le cadre architextuel dans lequel la question esthetique et formelle pourra ensuite guider l’enquete. On montrera comment le developpement de ce qui s’est construit comme « 9e art » a fourni, dans la thematique qui nous interesse, le vocabulaire d’une expression de l’emotion esthetique et du sublime science-fictionnel. Cet accent sur les emotions de la science-fiction nous permettra de soutenir, enfin, que la bifurcation du paysage spatial vers une « culture bedeistique » et une « culture science-fictionnelle » qui ne se superposent pas a la « culture astronomique » ont malgre tout nourri la mediation scientifique au tournant du xxie siecle.