{"title":"Les « Hikikomori » ou les « disparus-vivants » qui ne voulaient pas mourir","authors":"Tadaaki Furuhashi, M. Bacqué","doi":"10.3917/ESLM.150.0113","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"Au Japon, le mot « Hikikomori » (social withdrawal) correspond a l’« etat de personnes qui restent cloitrees, retranchees chez elles pendant plus de six mois, sans travailler ou sans frequenter l’ecole. Elles n’ont aucune relation sociale a part leurs relations familiales. Elles ne souffrent pas de troubles mentaux tels que la depression, les hallucinations et le delire ». Ce sont principalement des hommes, jeunes, voire adolescents. A partir de la rencontre et du soin de plus de 300 jeunes Hikkikomori, l’article expose les relations entre cet etat psychique et social et la mort. Etonnamment en effet, les Hikkikomori ne se suicident pas. Ils ne recherchent pas la mort physique. Ils preferent se faire oublier et provoquer ainsi leur mort sociale. De meme, ils refusent leur filiation sociale, tout en restant dependants de leurs parents qui les nourrissent et se chargent de tous leurs liens concrets avec l’exterieur. Les Hikkikomori souhaitent disparaitre de la societe, tout en continuant a exister. Les auteurs les appellent des disparus-vivants. Ainsi, l’ensemble de leurs contacts a lieu sur le Net, mais a condition qu’ils ne soient pas vus. Ils redoutent leur dimension corporelle et l’evitent en s’opposant au regard des autres. Leur relation a l’ecran est donc unilaterale, ils regardent les autres mais les autres ne les voient jamais. Les auteurs analysent la pulsion de mort chez les Hikkikomori : disparition du monde, retrait social, jeux repetitifs, jouissance dans la disparition en soi, regression dans la dependance aux parents, perte totale du desir pour autrui. Quelques exceptions ont montre (lors de l’accident nucleaire d e Fukushima en mars 20 11) que, dans les moments extraordinaires, certains Hikkikomori sortaient de leur retrait. Leur but semble toutefois de rester vivants mais hors de la societe, a la regarder derriere leurs ecrans et dans des interactions artificielles et sans responsabilite.","PeriodicalId":39457,"journal":{"name":"Etudes sur la Mort","volume":"18 1","pages":"113-124"},"PeriodicalIF":0.0000,"publicationDate":"2016-01-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"2","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Etudes sur la Mort","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://doi.org/10.3917/ESLM.150.0113","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"Q4","JCRName":"Psychology","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Au Japon, le mot « Hikikomori » (social withdrawal) correspond a l’« etat de personnes qui restent cloitrees, retranchees chez elles pendant plus de six mois, sans travailler ou sans frequenter l’ecole. Elles n’ont aucune relation sociale a part leurs relations familiales. Elles ne souffrent pas de troubles mentaux tels que la depression, les hallucinations et le delire ». Ce sont principalement des hommes, jeunes, voire adolescents. A partir de la rencontre et du soin de plus de 300 jeunes Hikkikomori, l’article expose les relations entre cet etat psychique et social et la mort. Etonnamment en effet, les Hikkikomori ne se suicident pas. Ils ne recherchent pas la mort physique. Ils preferent se faire oublier et provoquer ainsi leur mort sociale. De meme, ils refusent leur filiation sociale, tout en restant dependants de leurs parents qui les nourrissent et se chargent de tous leurs liens concrets avec l’exterieur. Les Hikkikomori souhaitent disparaitre de la societe, tout en continuant a exister. Les auteurs les appellent des disparus-vivants. Ainsi, l’ensemble de leurs contacts a lieu sur le Net, mais a condition qu’ils ne soient pas vus. Ils redoutent leur dimension corporelle et l’evitent en s’opposant au regard des autres. Leur relation a l’ecran est donc unilaterale, ils regardent les autres mais les autres ne les voient jamais. Les auteurs analysent la pulsion de mort chez les Hikkikomori : disparition du monde, retrait social, jeux repetitifs, jouissance dans la disparition en soi, regression dans la dependance aux parents, perte totale du desir pour autrui. Quelques exceptions ont montre (lors de l’accident nucleaire d e Fukushima en mars 20 11) que, dans les moments extraordinaires, certains Hikkikomori sortaient de leur retrait. Leur but semble toutefois de rester vivants mais hors de la societe, a la regarder derriere leurs ecrans et dans des interactions artificielles et sans responsabilite.