{"title":"Soutenir la vulnérabilité des soignants pour préserver la qualité du lien mère-enfant en contexte de soins pédiatriques","authors":"Muriel Derome (psychologue)","doi":"10.1016/j.sagf.2026.07.097","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Introduction</h3><div>Dans les services de pédiatrie, la prise en charge d’enfants vulnérables implique une mobilisation émotionnelle intense des équipes soignantes. L’augmentation de la charge de travail et l’exposition répétée à la souffrance peuvent altérer la disponibilité psychique des professionnels, entraînant fatigue compassionnelle, épuisement émotionnel et difficultés de régulation affective. Or, cette disponibilité interne constitue un élément central de la qualité de la rencontre avec les familles, et en particulier avec les dyades mère-enfant. Une fragilisation du soignant peut ainsi impacter indirectement la contenance psychique offerte aux parents et aux enfants dans des moments de grande vulnérabilité. Il s’agit donc d’explorer dans quelle mesure un dispositif de soutien psychique destiné aux soignants peut favoriser leur capacité de régulation émotionnelle et soutenir, de manière indirecte, la qualité de l’accompagnement des relations mère-enfant en contexte de soins.</div></div><div>Dans les services de pédiatrie, la prise en charge d’enfants vulnérables implique une mobilisation émotionnelle intense des équipes soignantes. L’augmentation de la charge de travail et l’exposition répétée à la souffrance peuvent altérer la disponibilité psychique des professionnels, entraînant fatigue compassionnelle, épuisement émotionnel et difficultés de régulation affective. Or, cette disponibilité interne constitue un élément central de la qualité de la rencontre avec les familles, et en particulier avec les dyades mère-enfant. Une fragilisation du soignant peut ainsi impacter indirectement la contenance psychique offerte aux parents et aux enfants dans des moments de grande vulnérabilité. Il s’agit donc d’explorer dans quelle mesure un dispositif de soutien psychique destiné aux soignants peut favoriser leur capacité de régulation émotionnelle et soutenir, de manière indirecte, la qualité de l’accompagnement des relations mère-enfant en contexte de soins.</div><div><h3>Matériels et méthodes</h3><div>Depuis le mois de mars, et pour une durée de huit mois, un dispositif pluridisciplinaire impliquant cadres de santé, médecins, infirmiers, aides-soignants, rééducateurs, éducateurs, orthophonistes, secrétaires et psychologues a été mis en place au sein de notre service de neurologie et de réanimation pédiatriques. Le programme repose sur quatre axes principaux :</div><div>– élaboration psychique : groupes de parole mensuels coanimés par des psychologues, centrés sur les vécus émotionnels liés aux situations de soins ;</div><div>– mentalisation et réflexivité : utilisation d’outils d’écriture (journal émotionnel, journal de gratitude, « livre des pépites », etc.) favorisant l’identification et la transformation des affects ;</div><div>– régulation émotionnelle : pratiques de pleine conscience et exercices de respiration ;</div><div>– régulation du stress : mise en place de challenges sportifs adaptés à chacun, permettant notamment à des participants non sportifs de développer progressivement cet axe.</div><div>L’évaluation est réalisée par la psychologue du personnel et repose sur : des questionnaires standardisés (épuisement professionnel, anxiété-dépression, satisfaction au travail) ; des entretiens semi-directifs, analysés selon une approche qualitative thématique.</div></div><div>Depuis le mois de mars, et pour une durée de huit mois, un dispositif pluridisciplinaire impliquant cadres de santé, médecins, infirmiers, aides-soignants, rééducateurs, éducateurs, orthophonistes, secrétaires et psychologues a été mis en place au sein de notre service de neurologie et de réanimation pédiatriques. Le programme repose sur quatre axes principaux :</div><div>– élaboration psychique : groupes de parole mensuels coanimés par des psychologues, centrés sur les vécus émotionnels liés aux situations de soins ;</div><div>– mentalisation et réflexivité : utilisation d’outils d’écriture (journal émotionnel, journal de gratitude, « livre des pépites », etc.) favorisant l’identification et la transformation des affects ;</div><div>– régulation émotionnelle : pratiques de pleine conscience et exercices de respiration ;</div><div>– régulation du stress : mise en place de challenges sportifs adaptés à chacun, permettant notamment à des participants non sportifs de développer progressivement cet axe.</div><div>L’évaluation est réalisée par la psychologue du personnel et repose sur : des questionnaires standardisés (épuisement professionnel, anxiété-dépression, satisfaction au travail) ; des entretiens semi-directifs, analysés selon une approche qualitative thématique.</div><div><h3>Résultats</h3><div>Les premiers retours cliniques suggèrent : une amélioration de la capacité des soignants à identifier et verbaliser leurs affects ; un renforcement du sentiment de cohésion d’équipe ; une plus grande disponibilité relationnelle dans les interactions avec les familles. Ces évolutions semblent favoriser une posture plus contenante et ajustée auprès des mères et de leurs enfants, notamment dans les situations de vulnérabilité accrue.</div></div><div>Les premiers retours cliniques suggèrent : une amélioration de la capacité des soignants à identifier et verbaliser leurs affects ; un renforcement du sentiment de cohésion d’équipe ; une plus grande disponibilité relationnelle dans les interactions avec les familles. Ces évolutions semblent favoriser une posture plus contenante et ajustée auprès des mères et de leurs enfants, notamment dans les situations de vulnérabilité accrue.</div><div><h3>Conclusion</h3><div>Prendre en compte la santé psychique des soignants ne relève pas uniquement d’une démarche de qualité de vie au travail, mais constitue un enjeu clinique majeur dans l’accompagnement des familles. Ce type de dispositif pourrait être développé plus largement dans les services accueillant des dyades mère-enfant, afin de soutenir une clinique du lien dans des contextes de vulnérabilité partagée.</div></div><div>Prendre en compte la santé psychique des soignants ne relève pas uniquement d’une démarche de qualité de vie au travail, mais constitue un enjeu clinique majeur dans l’accompagnement des familles. Ce type de dispositif pourrait être développé plus largement dans les services accueillant des dyades mère-enfant, afin de soutenir une clinique du lien dans des contextes de vulnérabilité partagée.</div>","PeriodicalId":35460,"journal":{"name":"Revue Sage - Femme","volume":"25 5","pages":"Page S55"},"PeriodicalIF":0.0000,"publicationDate":"2026-09-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Revue Sage - Femme","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1637408826002105","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2026/9/28 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"Nursing","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Introduction
Dans les services de pédiatrie, la prise en charge d’enfants vulnérables implique une mobilisation émotionnelle intense des équipes soignantes. L’augmentation de la charge de travail et l’exposition répétée à la souffrance peuvent altérer la disponibilité psychique des professionnels, entraînant fatigue compassionnelle, épuisement émotionnel et difficultés de régulation affective. Or, cette disponibilité interne constitue un élément central de la qualité de la rencontre avec les familles, et en particulier avec les dyades mère-enfant. Une fragilisation du soignant peut ainsi impacter indirectement la contenance psychique offerte aux parents et aux enfants dans des moments de grande vulnérabilité. Il s’agit donc d’explorer dans quelle mesure un dispositif de soutien psychique destiné aux soignants peut favoriser leur capacité de régulation émotionnelle et soutenir, de manière indirecte, la qualité de l’accompagnement des relations mère-enfant en contexte de soins.
Dans les services de pédiatrie, la prise en charge d’enfants vulnérables implique une mobilisation émotionnelle intense des équipes soignantes. L’augmentation de la charge de travail et l’exposition répétée à la souffrance peuvent altérer la disponibilité psychique des professionnels, entraînant fatigue compassionnelle, épuisement émotionnel et difficultés de régulation affective. Or, cette disponibilité interne constitue un élément central de la qualité de la rencontre avec les familles, et en particulier avec les dyades mère-enfant. Une fragilisation du soignant peut ainsi impacter indirectement la contenance psychique offerte aux parents et aux enfants dans des moments de grande vulnérabilité. Il s’agit donc d’explorer dans quelle mesure un dispositif de soutien psychique destiné aux soignants peut favoriser leur capacité de régulation émotionnelle et soutenir, de manière indirecte, la qualité de l’accompagnement des relations mère-enfant en contexte de soins.
Matériels et méthodes
Depuis le mois de mars, et pour une durée de huit mois, un dispositif pluridisciplinaire impliquant cadres de santé, médecins, infirmiers, aides-soignants, rééducateurs, éducateurs, orthophonistes, secrétaires et psychologues a été mis en place au sein de notre service de neurologie et de réanimation pédiatriques. Le programme repose sur quatre axes principaux :
– élaboration psychique : groupes de parole mensuels coanimés par des psychologues, centrés sur les vécus émotionnels liés aux situations de soins ;
– mentalisation et réflexivité : utilisation d’outils d’écriture (journal émotionnel, journal de gratitude, « livre des pépites », etc.) favorisant l’identification et la transformation des affects ;
– régulation émotionnelle : pratiques de pleine conscience et exercices de respiration ;
– régulation du stress : mise en place de challenges sportifs adaptés à chacun, permettant notamment à des participants non sportifs de développer progressivement cet axe.
L’évaluation est réalisée par la psychologue du personnel et repose sur : des questionnaires standardisés (épuisement professionnel, anxiété-dépression, satisfaction au travail) ; des entretiens semi-directifs, analysés selon une approche qualitative thématique.
Depuis le mois de mars, et pour une durée de huit mois, un dispositif pluridisciplinaire impliquant cadres de santé, médecins, infirmiers, aides-soignants, rééducateurs, éducateurs, orthophonistes, secrétaires et psychologues a été mis en place au sein de notre service de neurologie et de réanimation pédiatriques. Le programme repose sur quatre axes principaux :
– élaboration psychique : groupes de parole mensuels coanimés par des psychologues, centrés sur les vécus émotionnels liés aux situations de soins ;
– mentalisation et réflexivité : utilisation d’outils d’écriture (journal émotionnel, journal de gratitude, « livre des pépites », etc.) favorisant l’identification et la transformation des affects ;
– régulation émotionnelle : pratiques de pleine conscience et exercices de respiration ;
– régulation du stress : mise en place de challenges sportifs adaptés à chacun, permettant notamment à des participants non sportifs de développer progressivement cet axe.
L’évaluation est réalisée par la psychologue du personnel et repose sur : des questionnaires standardisés (épuisement professionnel, anxiété-dépression, satisfaction au travail) ; des entretiens semi-directifs, analysés selon une approche qualitative thématique.
Résultats
Les premiers retours cliniques suggèrent : une amélioration de la capacité des soignants à identifier et verbaliser leurs affects ; un renforcement du sentiment de cohésion d’équipe ; une plus grande disponibilité relationnelle dans les interactions avec les familles. Ces évolutions semblent favoriser une posture plus contenante et ajustée auprès des mères et de leurs enfants, notamment dans les situations de vulnérabilité accrue.
Les premiers retours cliniques suggèrent : une amélioration de la capacité des soignants à identifier et verbaliser leurs affects ; un renforcement du sentiment de cohésion d’équipe ; une plus grande disponibilité relationnelle dans les interactions avec les familles. Ces évolutions semblent favoriser une posture plus contenante et ajustée auprès des mères et de leurs enfants, notamment dans les situations de vulnérabilité accrue.
Conclusion
Prendre en compte la santé psychique des soignants ne relève pas uniquement d’une démarche de qualité de vie au travail, mais constitue un enjeu clinique majeur dans l’accompagnement des familles. Ce type de dispositif pourrait être développé plus largement dans les services accueillant des dyades mère-enfant, afin de soutenir une clinique du lien dans des contextes de vulnérabilité partagée.
Prendre en compte la santé psychique des soignants ne relève pas uniquement d’une démarche de qualité de vie au travail, mais constitue un enjeu clinique majeur dans l’accompagnement des familles. Ce type de dispositif pourrait être développé plus largement dans les services accueillant des dyades mère-enfant, afin de soutenir une clinique du lien dans des contextes de vulnérabilité partagée.
期刊介绍:
La revue Sage-femme est la revue scientifique de information et de formation continue de référence des sages-femmes, dont elle affirme la spécificité de exercice.