{"title":"Trajectoires de symptômes de stress post-traumatique après un accouchement par voie basse","authors":"Alizée Froeliger (praticienne hospitalière), Anne-Laure Sutter-Dallay (praticienne hospitalière), Loïc Sentilhes (praticien hospitalier)","doi":"10.1016/j.sagf.2026.07.017","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"<div><h3>Introduction</h3><div>L’accouchement peut être vécu comme un événement traumatique et entraîner des symptômes de stress post-traumatique (SSPT). L’évolution de ces manifestations liées à la naissance reste encore peu documentée. Nous avons cherché à caractériser leurs trajectoires après un accouchement par voie basse et à identifier les facteurs de risque associés.</div></div><div>L’accouchement peut être vécu comme un événement traumatique et entraîner des symptômes de stress post-traumatique (SSPT). L’évolution de ces manifestations liées à la naissance reste encore peu documentée. Nous avons cherché à caractériser leurs trajectoires après un accouchement par voie basse et à identifier les facteurs de risque associés.</div><div><h3>Matériels et méthodes</h3><div>Une étude ancillaire de la cohorte de l’essai TRAAP (<em>Tranexamic Acid for Preventing Postpartum Hemorrhage After Vaginal Delivery</em>) a été menée dans quinze centres hospitaliers universitaires français entre 2015 et 2016 ; elle a inclus des femmes ayant accouché par voie basse après 35 semaines d’aménorrhée. Après randomisation, les caractéristiques du travail et de l’accouchement ont été recueillies de manière prospective. Les SSPT ont été évalués à J2 et à deux mois post-partum à l’aide de l’<em>Impact of Event Scale-Revised</em> (IES-R). Quatre trajectoires ont été définies : asymptomatique (IES-R < 22 aux deux temps), rémission (≥ 22 à J2 ; < 22 à deux mois), émergente (< 22 à J2 ; ≥ 22 à deux mois) et persistante (≥ 22 aux deux temps). Les prévalences ont été corrigées du biais de non-réponse par pondération selon l’inverse de la probabilité de réponse. Les facteurs de risque ont été analysés par régression logistique multivariée.</div></div><div>Une étude ancillaire de la cohorte de l’essai TRAAP (<em>Tranexamic Acid for Preventing Postpartum Hemorrhage After Vaginal Delivery</em>) a été menée dans quinze centres hospitaliers universitaires français entre 2015 et 2016 ; elle a inclus des femmes ayant accouché par voie basse après 35 semaines d’aménorrhée. Après randomisation, les caractéristiques du travail et de l’accouchement ont été recueillies de manière prospective. Les SSPT ont été évalués à J2 et à deux mois post-partum à l’aide de l’<em>Impact of Event Scale-Revised</em> (IES-R). Quatre trajectoires ont été définies : asymptomatique (IES-R < 22 aux deux temps), rémission (≥ 22 à J2 ; < 22 à deux mois), émergente (< 22 à J2 ; ≥ 22 à deux mois) et persistante (≥ 22 aux deux temps). Les prévalences ont été corrigées du biais de non-réponse par pondération selon l’inverse de la probabilité de réponse. Les facteurs de risque ont été analysés par régression logistique multivariée.</div><div><h3>Résultats</h3><div>Parmi 3 891 femmes incluses dans l’essai TRAAP, 2 344 (60,2 %) ont complété l’IES-R aux deux temps d’évaluation. Les prévalences corrigées étaient de 83,4 % (81,8–85,0) pour la trajectoire asymptomatique, 11,0 % (9,7–12,4) pour la rémission, 2,1 % (1,6–2,8) pour la trajectoire émergente et 3,5 % (2,7–4,4) pour la trajectoire persistante.</div><div>Chez les femmes présentant des SSPT à J2, les symptômes persistants, comparativement à la rémission, étaient associés à un âge plus jeune (<em>odds ratio</em> ajusté [aOR] 0,8 ; intervalle de confiance [IC] 95 % : 0,6–0,9), une origine non européenne (aOR 1,8 ; IC 95 % : 1,2–2,6), des antécédents psychiatriques (aOR 1,9 ; IC 95 % : 1,2–2,4), de mauvais souvenirs de l’accouchement (aOR 2,4 ; IC 95 % : 1,3–4,6) et une hémoglobine < 9 g/dL à J2 (aOR 1,8 ; IC 95 % : 1,1–2,7).</div><div>Chez les femmes sans SSPT à J2, les trajectoires émergentes, comparativement à celles asymptomatiques, étaient associées à des antécédents d’interruption volontaire de grossesse (aOR 2,6 ; IC 95 % : 1,6–3,9), une hospitalisation pendant la grossesse (aOR 2,8 ; IC 95 % : 1,4–4,7), un déclenchement du travail (aOR 1,7 ; IC 95 % : 1,1–2,8), de mauvais souvenirs de l’accouchement (aOR 3,7 ; IC 95 % : 1,4–5,6) et une fatigue à J2 (aOR 2,2 ; IC 95 % : 1,4–3,5), tandis que l’analgésie péridurale était associée à une diminution du risque (aOR 0,2 ; IC 95 % : 0,1–0,7).</div></div><div>Parmi 3 891 femmes incluses dans l’essai TRAAP, 2 344 (60,2 %) ont complété l’IES-R aux deux temps d’évaluation. Les prévalences corrigées étaient de 83,4 % (81,8–85,0) pour la trajectoire asymptomatique, 11,0 % (9,7–12,4) pour la rémission, 2,1 % (1,6–2,8) pour la trajectoire émergente et 3,5 % (2,7–4,4) pour la trajectoire persistante.</div><div>Chez les femmes présentant des SSPT à J2, les symptômes persistants, comparativement à la rémission, étaient associés à un âge plus jeune (<em>odds ratio</em> ajusté [aOR] 0,8 ; intervalle de confiance [IC] 95 % : 0,6–0,9), une origine non européenne (aOR 1,8 ; IC 95 % : 1,2–2,6), des antécédents psychiatriques (aOR 1,9 ; IC 95 % : 1,2–2,4), de mauvais souvenirs de l’accouchement (aOR 2,4 ; IC 95 % : 1,3–4,6) et une hémoglobine < 9 g/dL à J2 (aOR 1,8 ; IC 95 % : 1,1–2,7).</div><div>Chez les femmes sans SSPT à J2, les trajectoires émergentes, comparativement à celles asymptomatiques, étaient associées à des antécédents d’interruption volontaire de grossesse (aOR 2,6 ; IC 95 % : 1,6–3,9), une hospitalisation pendant la grossesse (aOR 2,8 ; IC 95 % : 1,4–4,7), un déclenchement du travail (aOR 1,7 ; IC 95 % : 1,1–2,8), de mauvais souvenirs de l’accouchement (aOR 3,7 ; IC 95 % : 1,4–5,6) et une fatigue à J2 (aOR 2,2 ; IC 95 % : 1,4–3,5), tandis que l’analgésie péridurale était associée à une diminution du risque (aOR 0,2 ; IC 95 % : 0,1–0,7).</div><div><h3>Impacts</h3><div>Environ une femme sur vingt présente une trajectoire défavorable de SSPT après un accouchement par voie basse à terme. Les facteurs de risque d’une trajectoire persistante étaient principalement des vulnérabilités préexistantes, de mauvais souvenirs de l’accouchement et une anémie du post-partum à J2, tandis que les trajectoires émergentes étaient davantage associées à des facteurs obstétricaux.</div></div><div>Environ une femme sur vingt présente une trajectoire défavorable de SSPT après un accouchement par voie basse à terme. Les facteurs de risque d’une trajectoire persistante étaient principalement des vulnérabilités préexistantes, de mauvais souvenirs de l’accouchement et une anémie du post-partum à J2, tandis que les trajectoires émergentes étaient davantage associées à des facteurs obstétricaux.</div><div><h3>Conclusion</h3><div>Ces résultats peuvent contribuer à orienter les stratégies de dépistage du SSPT post-partum et à identifier des cibles d’interventions préventives.</div></div><div>Ces résultats peuvent contribuer à orienter les stratégies de dépistage du SSPT post-partum et à identifier des cibles d’interventions préventives.</div>","PeriodicalId":35460,"journal":{"name":"Revue Sage - Femme","volume":"25 5","pages":"Page S14"},"PeriodicalIF":0.0000,"publicationDate":"2026-09-01","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Revue Sage - Femme","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1637408826001306","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"2026/9/28 0:00:00","PubModel":"Epub","JCR":"Q4","JCRName":"Nursing","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Introduction
L’accouchement peut être vécu comme un événement traumatique et entraîner des symptômes de stress post-traumatique (SSPT). L’évolution de ces manifestations liées à la naissance reste encore peu documentée. Nous avons cherché à caractériser leurs trajectoires après un accouchement par voie basse et à identifier les facteurs de risque associés.
L’accouchement peut être vécu comme un événement traumatique et entraîner des symptômes de stress post-traumatique (SSPT). L’évolution de ces manifestations liées à la naissance reste encore peu documentée. Nous avons cherché à caractériser leurs trajectoires après un accouchement par voie basse et à identifier les facteurs de risque associés.
Matériels et méthodes
Une étude ancillaire de la cohorte de l’essai TRAAP (Tranexamic Acid for Preventing Postpartum Hemorrhage After Vaginal Delivery) a été menée dans quinze centres hospitaliers universitaires français entre 2015 et 2016 ; elle a inclus des femmes ayant accouché par voie basse après 35 semaines d’aménorrhée. Après randomisation, les caractéristiques du travail et de l’accouchement ont été recueillies de manière prospective. Les SSPT ont été évalués à J2 et à deux mois post-partum à l’aide de l’Impact of Event Scale-Revised (IES-R). Quatre trajectoires ont été définies : asymptomatique (IES-R < 22 aux deux temps), rémission (≥ 22 à J2 ; < 22 à deux mois), émergente (< 22 à J2 ; ≥ 22 à deux mois) et persistante (≥ 22 aux deux temps). Les prévalences ont été corrigées du biais de non-réponse par pondération selon l’inverse de la probabilité de réponse. Les facteurs de risque ont été analysés par régression logistique multivariée.
Une étude ancillaire de la cohorte de l’essai TRAAP (Tranexamic Acid for Preventing Postpartum Hemorrhage After Vaginal Delivery) a été menée dans quinze centres hospitaliers universitaires français entre 2015 et 2016 ; elle a inclus des femmes ayant accouché par voie basse après 35 semaines d’aménorrhée. Après randomisation, les caractéristiques du travail et de l’accouchement ont été recueillies de manière prospective. Les SSPT ont été évalués à J2 et à deux mois post-partum à l’aide de l’Impact of Event Scale-Revised (IES-R). Quatre trajectoires ont été définies : asymptomatique (IES-R < 22 aux deux temps), rémission (≥ 22 à J2 ; < 22 à deux mois), émergente (< 22 à J2 ; ≥ 22 à deux mois) et persistante (≥ 22 aux deux temps). Les prévalences ont été corrigées du biais de non-réponse par pondération selon l’inverse de la probabilité de réponse. Les facteurs de risque ont été analysés par régression logistique multivariée.
Résultats
Parmi 3 891 femmes incluses dans l’essai TRAAP, 2 344 (60,2 %) ont complété l’IES-R aux deux temps d’évaluation. Les prévalences corrigées étaient de 83,4 % (81,8–85,0) pour la trajectoire asymptomatique, 11,0 % (9,7–12,4) pour la rémission, 2,1 % (1,6–2,8) pour la trajectoire émergente et 3,5 % (2,7–4,4) pour la trajectoire persistante.
Chez les femmes présentant des SSPT à J2, les symptômes persistants, comparativement à la rémission, étaient associés à un âge plus jeune (odds ratio ajusté [aOR] 0,8 ; intervalle de confiance [IC] 95 % : 0,6–0,9), une origine non européenne (aOR 1,8 ; IC 95 % : 1,2–2,6), des antécédents psychiatriques (aOR 1,9 ; IC 95 % : 1,2–2,4), de mauvais souvenirs de l’accouchement (aOR 2,4 ; IC 95 % : 1,3–4,6) et une hémoglobine < 9 g/dL à J2 (aOR 1,8 ; IC 95 % : 1,1–2,7).
Chez les femmes sans SSPT à J2, les trajectoires émergentes, comparativement à celles asymptomatiques, étaient associées à des antécédents d’interruption volontaire de grossesse (aOR 2,6 ; IC 95 % : 1,6–3,9), une hospitalisation pendant la grossesse (aOR 2,8 ; IC 95 % : 1,4–4,7), un déclenchement du travail (aOR 1,7 ; IC 95 % : 1,1–2,8), de mauvais souvenirs de l’accouchement (aOR 3,7 ; IC 95 % : 1,4–5,6) et une fatigue à J2 (aOR 2,2 ; IC 95 % : 1,4–3,5), tandis que l’analgésie péridurale était associée à une diminution du risque (aOR 0,2 ; IC 95 % : 0,1–0,7).
Parmi 3 891 femmes incluses dans l’essai TRAAP, 2 344 (60,2 %) ont complété l’IES-R aux deux temps d’évaluation. Les prévalences corrigées étaient de 83,4 % (81,8–85,0) pour la trajectoire asymptomatique, 11,0 % (9,7–12,4) pour la rémission, 2,1 % (1,6–2,8) pour la trajectoire émergente et 3,5 % (2,7–4,4) pour la trajectoire persistante.
Chez les femmes présentant des SSPT à J2, les symptômes persistants, comparativement à la rémission, étaient associés à un âge plus jeune (odds ratio ajusté [aOR] 0,8 ; intervalle de confiance [IC] 95 % : 0,6–0,9), une origine non européenne (aOR 1,8 ; IC 95 % : 1,2–2,6), des antécédents psychiatriques (aOR 1,9 ; IC 95 % : 1,2–2,4), de mauvais souvenirs de l’accouchement (aOR 2,4 ; IC 95 % : 1,3–4,6) et une hémoglobine < 9 g/dL à J2 (aOR 1,8 ; IC 95 % : 1,1–2,7).
Chez les femmes sans SSPT à J2, les trajectoires émergentes, comparativement à celles asymptomatiques, étaient associées à des antécédents d’interruption volontaire de grossesse (aOR 2,6 ; IC 95 % : 1,6–3,9), une hospitalisation pendant la grossesse (aOR 2,8 ; IC 95 % : 1,4–4,7), un déclenchement du travail (aOR 1,7 ; IC 95 % : 1,1–2,8), de mauvais souvenirs de l’accouchement (aOR 3,7 ; IC 95 % : 1,4–5,6) et une fatigue à J2 (aOR 2,2 ; IC 95 % : 1,4–3,5), tandis que l’analgésie péridurale était associée à une diminution du risque (aOR 0,2 ; IC 95 % : 0,1–0,7).
Impacts
Environ une femme sur vingt présente une trajectoire défavorable de SSPT après un accouchement par voie basse à terme. Les facteurs de risque d’une trajectoire persistante étaient principalement des vulnérabilités préexistantes, de mauvais souvenirs de l’accouchement et une anémie du post-partum à J2, tandis que les trajectoires émergentes étaient davantage associées à des facteurs obstétricaux.
Environ une femme sur vingt présente une trajectoire défavorable de SSPT après un accouchement par voie basse à terme. Les facteurs de risque d’une trajectoire persistante étaient principalement des vulnérabilités préexistantes, de mauvais souvenirs de l’accouchement et une anémie du post-partum à J2, tandis que les trajectoires émergentes étaient davantage associées à des facteurs obstétricaux.
Conclusion
Ces résultats peuvent contribuer à orienter les stratégies de dépistage du SSPT post-partum et à identifier des cibles d’interventions préventives.
Ces résultats peuvent contribuer à orienter les stratégies de dépistage du SSPT post-partum et à identifier des cibles d’interventions préventives.
期刊介绍:
La revue Sage-femme est la revue scientifique de information et de formation continue de référence des sages-femmes, dont elle affirme la spécificité de exercice.