{"title":"Pour une poétique de l’interpolation","authors":"S. Rabau","doi":"10.58282/lht.828","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"« Interpolation : voir emendation »L’interpolation n’a pas tres bonne reputation. Une interpolation est « grossiere » ou encore « maladroite »1, quand elle n’est pas diabolique : Chez Tertullien, le diable est interpolateur, car il fausse et contrefait la creation divine, ou intercale l’ivraie dans le bon grain seme par Dieu (« interpolator segetis frumentariae2 »). Meme si l’on en reste au seul domaine de la philologie, la notion d’interpolation renvoie d’abord a un defaut du texte que doit corriger le philologue. Sorte de pendant de la lacune, le terme designe, en effet, un trop plein de texte, plus precisement l’insertion dans un texte d’une phrase ou d’un passage qui n’est pas de l’auteur. Elle appelle, en premiere analyse, non pas tant une analyse litteraire, qu’une emendation, ou tout au moins un reperage, chasse a l’inauthentique que faciliterait son caractere grossier ou maladroit. « Interpolation : voir emendation », comme le rappelle un Dictionnaire des termes litteraires paru recemment3. D’un point de vue philologique, l’interpolation constitue donc un defaut du texte ; elle emane, en outre, d’une tentative de parasiter l’acte de creation originale en modifiant partiellement l’œuvre, en y greffant des morceaux inauthentiques. Or si l’on passe de l’edition textuelle a la poetique, l’interpolation n’est plus une maniere de defigurer la creation, mais une technique d’ecriture, un moyen de creation comme un autre. Le terme renvoie bien a une insertion dans le texte, ma","PeriodicalId":105502,"journal":{"name":"Fabula-Lht : Poétique de la philologie","volume":"46 1","pages":"0"},"PeriodicalIF":0.0000,"publicationDate":"2013-11-30","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Fabula-Lht : Poétique de la philologie","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://doi.org/10.58282/lht.828","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"","JCRName":"","Score":null,"Total":0}
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Abstract
« Interpolation : voir emendation »L’interpolation n’a pas tres bonne reputation. Une interpolation est « grossiere » ou encore « maladroite »1, quand elle n’est pas diabolique : Chez Tertullien, le diable est interpolateur, car il fausse et contrefait la creation divine, ou intercale l’ivraie dans le bon grain seme par Dieu (« interpolator segetis frumentariae2 »). Meme si l’on en reste au seul domaine de la philologie, la notion d’interpolation renvoie d’abord a un defaut du texte que doit corriger le philologue. Sorte de pendant de la lacune, le terme designe, en effet, un trop plein de texte, plus precisement l’insertion dans un texte d’une phrase ou d’un passage qui n’est pas de l’auteur. Elle appelle, en premiere analyse, non pas tant une analyse litteraire, qu’une emendation, ou tout au moins un reperage, chasse a l’inauthentique que faciliterait son caractere grossier ou maladroit. « Interpolation : voir emendation », comme le rappelle un Dictionnaire des termes litteraires paru recemment3. D’un point de vue philologique, l’interpolation constitue donc un defaut du texte ; elle emane, en outre, d’une tentative de parasiter l’acte de creation originale en modifiant partiellement l’œuvre, en y greffant des morceaux inauthentiques. Or si l’on passe de l’edition textuelle a la poetique, l’interpolation n’est plus une maniere de defigurer la creation, mais une technique d’ecriture, un moyen de creation comme un autre. Le terme renvoie bien a une insertion dans le texte, ma