{"title":"Figuration, ou la parole éclipsée : le statut discursif de l’accusé dans les procès de cour d’assises","authors":"Évelyne Saunier","doi":"10.4000/semen.14168","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"Resume : Nous proposons une analyse des pratiques langagieres dans les proces de cour d’assises, centree sur la nature des formes linguistiques qui president a ce que nous appelons la construction discursive du personnage criminel. Cette construction, qui justifie la forme du proces d’assises, en constitue la fonction symbolique. Elle s’opere sur deux plans, correspondant a deux modes de presence de l’accuse : comme auteur des faits, autrement dit comme actant (auquel il est fait reference dans la parole des protagonistes), et comme acteur du proces (qui participe aux debats). Les modes de referenciation comme le type d’actes discursifs devolus a l’accuse montrent que son statut de personnage est corollaire de son eviction de la sphere des sujets-enonciateurs, c’est-a-dire des locuteurs sources de points de vue, participant aux ajustements intersubjectifs propres a l’interlocution – s’il peut y avoir desaccord sur les traits du portrait dessine, il y a consensus sur l’activite de depeindre ce personnage auquel on peut eventuellement s’identifier mais qui est situe sur un plan tel qu’il ne saurait y avoir confusion entre lui et « nous ». Dans ce cadre, le « bon accuse » est celui qui illustre le portrait que les protagonistes dressent de lui, et dont la parole se cantonne au registre de la confirmation, de l’expression du sentiment ou de la narration. Une attitude de locuteur-enonciateur, s’appropriant le registre de la question, de la contestation, de la reformulation, peut etre dommageable, car percue comme resistance active au travail d’elaboration du personnage.","PeriodicalId":321128,"journal":{"name":"Semen","volume":"5 1","pages":"0"},"PeriodicalIF":0.0000,"publicationDate":"2020-07-03","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Semen","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://doi.org/10.4000/semen.14168","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"","JCRName":"","Score":null,"Total":0}
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Abstract
Resume : Nous proposons une analyse des pratiques langagieres dans les proces de cour d’assises, centree sur la nature des formes linguistiques qui president a ce que nous appelons la construction discursive du personnage criminel. Cette construction, qui justifie la forme du proces d’assises, en constitue la fonction symbolique. Elle s’opere sur deux plans, correspondant a deux modes de presence de l’accuse : comme auteur des faits, autrement dit comme actant (auquel il est fait reference dans la parole des protagonistes), et comme acteur du proces (qui participe aux debats). Les modes de referenciation comme le type d’actes discursifs devolus a l’accuse montrent que son statut de personnage est corollaire de son eviction de la sphere des sujets-enonciateurs, c’est-a-dire des locuteurs sources de points de vue, participant aux ajustements intersubjectifs propres a l’interlocution – s’il peut y avoir desaccord sur les traits du portrait dessine, il y a consensus sur l’activite de depeindre ce personnage auquel on peut eventuellement s’identifier mais qui est situe sur un plan tel qu’il ne saurait y avoir confusion entre lui et « nous ». Dans ce cadre, le « bon accuse » est celui qui illustre le portrait que les protagonistes dressent de lui, et dont la parole se cantonne au registre de la confirmation, de l’expression du sentiment ou de la narration. Une attitude de locuteur-enonciateur, s’appropriant le registre de la question, de la contestation, de la reformulation, peut etre dommageable, car percue comme resistance active au travail d’elaboration du personnage.