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Abstract
En arrivant aux Antilles, Du Tertre et les autres missionnaires s’estiment « heureux de souffrir quelque chose pour la gloire de Jésus-Christ en secourant ses membres ». (1667, tome I : 155) L’un endure les maladies et la faim tandis que l’autre souffre en aidant ses frères, et ces formes de supplices contribuent toutes deux à révéler la présence sublime de Jésus-Christ dans le Nouveau Monde et à constituer la communauté coloniale. La notion de membre est ici à comprendre dans son double sens physique et communautaire. Dans son livre Les Renaissances du corps, Jahan esquisse l’histoire de la métaphore corporelle, qui est monnaie courante dans la littérature chrétienne et dans la relation de voyage missionnaire : « Hérité des temps médiévaux, le thème du corps mystique représentait la société chrétienne comme un assemblage organique où le Christ est bien évidemment la tête, tandis que les différents groupes sociaux occupent une place déterminée par référence aux fonctions et aux hiérarchies corporelles1. » Mouvement, mortalité et communauté se croisent dans la définition même du corps à partir de l’analogie entre ce terme et « le total d’une communauté2 ». Veines du corps-État, les missionnaires assurent la circulation des ressources littérales et métaphoriques : ils portent secours aux membres lointains et retransmettent les richesses de ces contrées au cœur du corps du roi. Au champ lexical sanguin s’ajoute la métaphore de l’œil pour souligner que le corps-État surveille aussi ses membres. Le missionnaire se présente comme une sorte de gond, liant ensemble le monde, l’État et l’Église. À en croire Jahan, le corps sert de mesure et structure l’organisation du monde et de la société ; il offre une forme à l’abstraction de l’organisation civile, qui se reflète dans l’ordre plus grand de l’univers3. Et c’est précisément ce qui se produit dans la relation de Du Tertre. Il faudrait dès lors se poser la question, à savoir comment est constitué ce corps communautaire colonial. D’abord, on peut noter qu’à la conceptualisation symbolique du corps s’ajoute une dimension concrète, physique : les habitants s’écroulent sous le poids du travail laborieux et s’affaiblissent à la suite