{"title":"Le jardin et l’écriture","authors":"","doi":"10.1163/9789004434967_008","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"On a vu comment l’ouvrage de Du Tertre détache l’histoire de l’établissement du discours de la découverte et de la rhétorique de l’étonnement. Dans la même optique, l’auteur met en valeur une nature ordonnée par la main humaine. La conception et la présentation visuelle et textuelle des Antilles s’alignent ainsi sur les canons de la beauté, qui s’incarne dans l’image du jardin, à la fois sublime (émanation du roi et de l’Église dans les terres lointaines) et productif (ce qui est beau porte de bons fruits). Pour reprendre l’analyse proposée par le Dictionnaire du Grand Siècle, un jardin est un « espace enfermé où se lit le travail de l’homme », ce qui n’est pas sans rappeler la vision mise de l’avant dans l’Histoire générale des Antilles d’un paradis colonial créé par les soins de ses habitants1. Ce modèle trouve d’une part un écho dans un contexte américain plus large, où le jardin fait se croiser l’esprit pionnier et l’imaginaire paradisiaque2. D’autre part, il revient à l’insularité, qui est le sujet même de son ouvrage. Si l’espace américain continental est associé à l’incommensurable, l’île est envisagée comme un site qui se prête à la connaissance puisqu’elle concentre dans un espace limité une variété d’éléments susceptibles de devenir objets de science3. Sur le plan symbolique : lieu de projection de rêves utopiques, elle est à la fois possibilité et piège, objet de désir et espace de la précarité4. Du Tertre puise aussi dans l’idée de l’île comme espace « cloisonné à l’infini5 », semblable à un jardin riche et diversifié, à l’image de la création divine, tout en lui donnant les traits nécessaires à une peinture des Antilles comme lieu à explorer et à développer. Il prépare, pourrait-on dire, la transition","PeriodicalId":114148,"journal":{"name":"Lire l’<i>Histoire générale des Antilles</i> de J.-B. Du Tertre","volume":"102 1","pages":"0"},"PeriodicalIF":0.0000,"publicationDate":"2020-09-10","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Lire l’<i>Histoire générale des Antilles</i> de J.-B. Du Tertre","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://doi.org/10.1163/9789004434967_008","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"","JCRName":"","Score":null,"Total":0}
引用次数: 0
Abstract
On a vu comment l’ouvrage de Du Tertre détache l’histoire de l’établissement du discours de la découverte et de la rhétorique de l’étonnement. Dans la même optique, l’auteur met en valeur une nature ordonnée par la main humaine. La conception et la présentation visuelle et textuelle des Antilles s’alignent ainsi sur les canons de la beauté, qui s’incarne dans l’image du jardin, à la fois sublime (émanation du roi et de l’Église dans les terres lointaines) et productif (ce qui est beau porte de bons fruits). Pour reprendre l’analyse proposée par le Dictionnaire du Grand Siècle, un jardin est un « espace enfermé où se lit le travail de l’homme », ce qui n’est pas sans rappeler la vision mise de l’avant dans l’Histoire générale des Antilles d’un paradis colonial créé par les soins de ses habitants1. Ce modèle trouve d’une part un écho dans un contexte américain plus large, où le jardin fait se croiser l’esprit pionnier et l’imaginaire paradisiaque2. D’autre part, il revient à l’insularité, qui est le sujet même de son ouvrage. Si l’espace américain continental est associé à l’incommensurable, l’île est envisagée comme un site qui se prête à la connaissance puisqu’elle concentre dans un espace limité une variété d’éléments susceptibles de devenir objets de science3. Sur le plan symbolique : lieu de projection de rêves utopiques, elle est à la fois possibilité et piège, objet de désir et espace de la précarité4. Du Tertre puise aussi dans l’idée de l’île comme espace « cloisonné à l’infini5 », semblable à un jardin riche et diversifié, à l’image de la création divine, tout en lui donnant les traits nécessaires à une peinture des Antilles comme lieu à explorer et à développer. Il prépare, pourrait-on dire, la transition