{"title":"Ni début, ni fin : Proust et l’expérience du temps","authors":"Stéphane Chaudier","doi":"10.58282/colloques.759","DOIUrl":null,"url":null,"abstract":"Pour J.LOn rencontre au debut de La Recherche un voyageur malade. Il est seul, dans sa chambre d’hotel. Il voudrait que la nuit soit deja finie. Il le croit. Une raie lumineuse apparait sous la porte. C’est le petit matin, pense-t-il. Erreur : c’est une lumiere artificielle qui s’eteint. La nuit ne fait que commencer, et la souffrance avec elle. Rien ne ressemble plus a un debut qu’une fin. Les signes nous trompent et renvoient a l’une ou l’autre de ces deux limites : le debut, la fin. Ce que nous pensions mesurer (dominer par la pensee) nous echappe. Pour Proust, le temps est l’experience fondatrice de l’etre ; or la mesure du temps trahit cette experience originelle ; car la mesure du temps ne procede pas de l’etre du temps tel que nous en avons l’intuition ; elle resulte de la projection des exigences de la raison sur le temps. C’est pourquoi la raison ni le temps ne se peuvent regarder fixement ; la mesure rationnelle du temps empeche la saisie la plus profonde du temps. Dans la phenomenologie proustienne du temps, y a-t-il encore place pour les notions de « debut » et de « fin » ? Ces seuils ne sont-ils pas des artefacts trompeurs ? De pures conventions ? La sensation paradisiaqueSwann ecoute la sonate de Vinteuil. Il ne goute d’abord que « la qualite materielle des sons » (I, « AS » 2051). Or, ajoute Proust, « une impression de ce genre, pendant un instant, est pour ainsi dire sine materia » (I, « AS », 206). Les deux propositions semblent contradictoires. En realite, l","PeriodicalId":373244,"journal":{"name":"Le début et la fin. Roman, théâtre, B.D., cinéma","volume":"102 1","pages":"0"},"PeriodicalIF":0.0000,"publicationDate":"2007-10-30","publicationTypes":"Journal Article","fieldsOfStudy":null,"isOpenAccess":false,"openAccessPdf":"","citationCount":"0","resultStr":null,"platform":"Semanticscholar","paperid":null,"PeriodicalName":"Le début et la fin. Roman, théâtre, B.D., cinéma","FirstCategoryId":"1085","ListUrlMain":"https://doi.org/10.58282/colloques.759","RegionNum":0,"RegionCategory":null,"ArticlePicture":[],"TitleCN":null,"AbstractTextCN":null,"PMCID":null,"EPubDate":"","PubModel":"","JCR":"","JCRName":"","Score":null,"Total":0}
引用次数: 0
Abstract
Pour J.LOn rencontre au debut de La Recherche un voyageur malade. Il est seul, dans sa chambre d’hotel. Il voudrait que la nuit soit deja finie. Il le croit. Une raie lumineuse apparait sous la porte. C’est le petit matin, pense-t-il. Erreur : c’est une lumiere artificielle qui s’eteint. La nuit ne fait que commencer, et la souffrance avec elle. Rien ne ressemble plus a un debut qu’une fin. Les signes nous trompent et renvoient a l’une ou l’autre de ces deux limites : le debut, la fin. Ce que nous pensions mesurer (dominer par la pensee) nous echappe. Pour Proust, le temps est l’experience fondatrice de l’etre ; or la mesure du temps trahit cette experience originelle ; car la mesure du temps ne procede pas de l’etre du temps tel que nous en avons l’intuition ; elle resulte de la projection des exigences de la raison sur le temps. C’est pourquoi la raison ni le temps ne se peuvent regarder fixement ; la mesure rationnelle du temps empeche la saisie la plus profonde du temps. Dans la phenomenologie proustienne du temps, y a-t-il encore place pour les notions de « debut » et de « fin » ? Ces seuils ne sont-ils pas des artefacts trompeurs ? De pures conventions ? La sensation paradisiaqueSwann ecoute la sonate de Vinteuil. Il ne goute d’abord que « la qualite materielle des sons » (I, « AS » 2051). Or, ajoute Proust, « une impression de ce genre, pendant un instant, est pour ainsi dire sine materia » (I, « AS », 206). Les deux propositions semblent contradictoires. En realite, l