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Abstract
Kafka ecrit dans ses carnets en octobre 1917 : « nous sommes dans la situation de voyageurs de chemin de fer retenus dans un long tunnel par un accident, et ceci a un endroit ou l’on ne voit plus la lumiere du commencement et ou la lumiere de la fin est si minuscule que le regard doit sans cesse la chercher et la perd sans cesse, cependant que commencement et fin ne sont meme pas surs1 ». Il s’agit la d’une image susceptible de s’appliquer a beaucoup de referents, et notamment d’etre lue comme recelant une sorte de philosophie existentielle ; il n’en est pas moins remarquable qu’elle met egalement en doute les codes de l’ecriture romanesque. Cette deconstruction des bornes du roman peut alors etre lue comme un programme esthetique de Kafka, singulierement dans Le Proces et Le Château. En effet, les deux romans se presentent comme inacheves, d’abord en un sens tout a fait empirique : dans Le Proces, texte pourvu d’un incipit et d’un denouement repondant clairement aux codes du genre, l’ordre des chapitres reste douteux, et certains d’entre eux sont tronques, comme par exemple celui ou K. congedie l’avocat Huld, qui s’interrompt avant la scene finale ou K. doit sans doute annoncer a l’avocat qu’il n’a pas ete ebranle par le spectacle joue par celui-ci a son attention avec le negociant Block. Dans Le Château, s’il n’y a pas de « trous » dans le deroulement du roman, le texte s’interrompt definitivement au milieu d’une phrase, sans que le chapitre, et encore moins l’intrigue du r