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Abstract
Dans la version manuscrite de l’Histoire générale des Antilles, Du Tertre compare la traversée de l’Atlantique aux limbes et l’apparition de la terre à celle du Christ ouvrant les portes du paradis aux voyageurs affamés. À la vue des Îles, « tout le monde trésaille de joie »1. En réalité, ni Du Tertre ni les autres voyageurs en route pour les Antilles ne croient plus rencontrer l’Éden de l’autre côté de l’Atlantique. Le rêve de trouver une mine ou une rivière remplie d’or persiste certes dans l’imaginaire des voyageurs – Du Tertre est par exemple persuadé d’avoir vu de l’or dans une des rivières de la Guadeloupe et consulte un chimiste pour faire des expériences sur les pierres qu’il y ramasse. (1667, tome II : 75) Mais cette curiosité, de pair avec le désir d’enrichir sa nation et sa mission, ne s’appuie pas sur l’illusion d’un paradis. Il sait, tout comme les autorités politiques européennes, que ces Îles déjà arpentées et inventoriées par les Espagnols ne renferment pas de richesses inépuisables et, comme l’économie des plantations n’est pas encore pleinement développée, elles ne sont importantes que d’un point de vue stratégique : les Antilles marquent l’entrée des Amériques et offrent ainsi aux Anglais, aux Hollandais et aux Français une tête de pont pour contester la domination espagnole2. Et pourtant, l’idée du paradis, ce que Philip D. Curtin appelle le « mythe de l’exubérance tropicale », reste intimement liée aux relations des Antilles, même après la disparition des éléments singuliers et merveilleux3. Dès les premiers textes, les Antilles sont présentées sous le signe de l’Éden terrestre, et le paradis se constitue vite comme discours – Vespuce décrit ces « îles d’une merveilleuse beauté et fertilité » et Pierre Martyr s’émerveille des paysages insulaires, enveloppés d’un printemps éternel. L’imaginaire paradisiaque deviendra l’un des réseaux signifiants les plus importants dans la construction de l’exotisme antillais, en lien étroit avec la notion de sauvage et avec l’espace insulaire. Et ce discours hantera l’écriture des îles caribéennes jusqu’aux écrits des auteurs contemporains4.