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Abstract
« Les manuscrits ne brulent jamais. »Boulgakov, Le Maitre et Marguerite.Toute œuvre ne trouve pas pour terme la finition et la finitude du bon a tirer, qui fixerait pour les siecles et les siecles son monument public. L’œuvre est parfois – longtemps – chantier : reves et plans d’architecte, configuration constellaire de textes et dissemination de pensees. Elle est alors force plutot que forme, mouvement en lieu et place du monument, elle est faite de lignes et de fractures, de liaisons et de lacunes. Livree a l’etat d’inedit, sa difficulte s’accroit : le desordre ou l’auteur s’est complu devient charge de lecture pour le philologue qui voudra la donner a lire. Ce dernier defriche l’œuvre en chantier. Il l’annote en passeur. Il ajoute a la lacune les balises de son dechiffrement lent et patient, renseigne et savant. Peu a peu, des signes infimes ajoutent, ca et la, au texte. Visibles, ils enoncent le cheminement d’une lecture rendue possible. Ils sont etoiles ou obeles – l’asterisque et la dague, ils illuminent ou poignardent le texte a l’encre noire. Ils sont encore ligne pointillee, qui separe et relie, ou espace blanc suspendu sur la page qui rapproche l’un de l’autre, comme un silence au theâtre accroit la qualite de ce qui vient d’etre dit, de ce qui est a venir. Le texte ouvrage est le fruit de la philologie et de l’orphelinage de l’œuvre, de son usure par le temps, de son interdiction et de ses destructions locales par la censure. Il est chaque fois singulier, le propre